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CHAPITRE XI

Ce jour-là ils étaient tous les deux plus surexcités que de coutume par les rêves de la nuit.

Réunis dans leur bosquet favori et sur le même banc, ils éprouvaient tous les deux des langueurs inconnues, se sentaient exceptionnellement troublés, embarrassés Les joues de M^^" Toumays

étaient plus animées; sont sein était plus palpitant Ils parlaient moins, mais le langage muet

de leurs yeux avait plus d'éloquence et de tendresse; leurs étreintes avaient quelque chose de plus chaleureux, de plus passionné... Le jeune homme était plus ardent, moins maître de lui; la jeune fille, plus faible, voyait disparaître peu à pu la force de résistance qui Tavait soutenue et défendue jusqu'ici.

— Paule ! Paule ! s'écriait Julien, en la pressant contre sa poitrine, et d'une voix altérée par l'ivresse d'un amour trop longtemps contenu ; Paule, ma bien-aimée ! n'es-tu pas ma femme?... Le ciei n'a-t-il pas été témoin de nos serments? Est-il une puissance au monde capable de nous séparer désormais?... Ne m'appartiens-tu pas comme je t'appartiens?... Paule ! Je t'en prie... Je t'en conjure, sois à moi !... Ne me fais pas souffrir davantage... Ne me fais pas mourir !...

Elle se débattait plus mollement...

— Paule ! Paule ! poursuivait-il, de plus en plus entreprenant et plus pressant... Ne m'as-tu pas dit que tu m'aimais?...

— Si je t'aime, mon Julien! murmura-t-elle avec exaltation.... Cest parce que je t'aime, que...

La douce lutte touchait à sa fin... Paule allait succomber, elle était plus qu'à demi vaincue; toute son énergie de résistance était épuisée... Sa raison, sa volonté l'abandonnaient.

Tout à coup un craquement de feuilles sèches, de l'autre côté du bosquet, les fit tressaillir et les rappela à eux-mêmes. M"* Tournays se dégagea vivement :

— Il y a quelqu'un!... On nous écoute ! balbutia-t-elle avec effroi... Ah ! mon Dieu ! nous sommes perdus ! . . ,

— Rassure-toi ! Ce n^est rien ! répondit-il à voix basse... Cest un fièvre ou un lapin de garenne... Et ce n'est pas lui qui nous trahira...

En réafité il n'était pas aussi tranquille qu'il le voulait paraître...

— Non! Ce n'est point un animal... J'ai cru entendre des soupirs humains... Il y a quelqu'un, vous dis-je!... laissez-moi fuir. . .

Ils restèrent quelques instants silencieux, immobiles... Le bruit avait cessé... On n'entendait plus rien...

— Tu vois bien que c'était une illusion...

Elle lui fit signe de se taire... quoi qu'il en pût

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