CHAPITRE XI
— EIi bien! A quand la noce, mes enfants ? s'écria le vieux gurde-chasse, qui se mit à fredonner le refrain de Béranger :
Gai 1 gai 1 marions-nous I
Les joyeux propos de la cuisine dissipèrent un moment les tristes préoccupations de Guillaume; il prit part à l'hilarité générale et, de peur d'affliger l'excellente enfant dont il se savait aimé, il se garda bien de la désespérer par un excès d'indifférence et de froideur.
Il avait d'ailleurs besoin d'elle, il comptait sur le dévouement qu'elle portait à sa maîtresse poor l'aider dans la tâche que depuis le matin il s'était juré de remplir.
Renonçant à ses illusions ; comprenant, après la scène dont il avait été témoin, que ce serait folie à lui d'attendre de M""" Toumays un attachement impossible, il voulait du moins la protéger contre sa propre faiblesse.
— Elle aime le vicomte, se disait-il ; elle l'aime de toutes les forces de son âme ; et le vicomte ne l'aime pas! Il ne l'aime pas de cette affection sans bornes, exclusive, sans partage, que mérite un ange tel que M"^ Paule ! Il ne l'aime pas comme je l'aime !
Et il ajouta d'un ton résolu :
— Je l'ai sauvée de la mort ; je veux la sauver de la séduction ! Je veux démasquer cet homme, dût-elle ne me pardonner jamais de lui avoir dessillé les yeux.
Après le déjeuner, il chercha et n'eut pas de peine à trouver une occasion de se rencontrer seul avec Marceline.
Celle-ci, toute frémissante de bonheur et s'imaginant qu'il allait enfin lui parler sérieusement de mariage, lui dit^ en baissant la tête et en jouant avec les cornes de son tablier pour se donner une contenance :
— Savez-vous bien, monsieur Guillaume, que me; voilà compromise?... J'étais bien honteuse^ allez ! tout à l'heure !...
Et laissant échapper une larme.
— Ce n'est pourtant pas de ma faute si j'ai de l'amitié pour vous.
Le sergent devina aussitôt qu'elle se méprenait sur ses intentions et sur la nature des confidences qu'il voulait lui faire. Il était trop loyal pour l'entretenir dans son erreur :
— Marceline ! dit -il d'une voix tremblante, écoutez-moi ! Ce n'est ni de vous, ni de moi que j'ai à vous parler... Cela viendra peut-être. Mais vous savez qu'un soldat ne s'appartient pas et n'est pas libre de ses actions, de son cœur, de sa vie... Vous êtes compromise, dites-vous ? Non. Rassurez-vous.