‹ L'incesteChapitre 196 sur 212 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

— Que parlez-vous de séduction ? Est-ce que ces jeunes gens n*ont pas le droit de s'adorer ? Soyez donc tranquille; je suis depuis longtemps dans la confidence de leurs amours... Et je vous crois incapable d'abuser, à votre tour, du secret dont un accident vous a rendu maître... Ne se conviennent-ils pas sous tous les rapports ? Ne sont-ils pas du même rang, du même monde ? N'ont-ils pas une fortune à peu près égale ?...

Guillaume sentait son cœur se briser; ces allusions aux convenances sociales qui tendaient à rapprocher Paule et Julien lui rappelaient cruellement l'humilité -de sa condition.

— Pourquoi donc ne seraient-ils pas l'un à l'autre? poursuivit la soubrette. Qui peut les empêcher de se marier ?

— De se marier? répliqua-t-il en hochant la tête... Il serait si simple de commencer par là... J'ai entendu — bien malgré moi — leur conversation... Et quand une jeune demoiselle se cache ainsi de sa mère... Et quand l'homme qui lui fait clandestinement la cour, et qui prétend l'aimer, entretient en même temps des maîtresses.

— Des maîtresses ? Vous ne dites pas la vérité, monsieur Guillaume. C'est une calomnie ! Je ne sais pas vraiment ce que vous a tait M. le vicomte... Je vous affirme que M. Julien...

— Et moi, je vous jure, interrompit-il avec vi^a-

cité, et je tiens le fait du général lui-même, que M. de Villerain a loué, rue de Verneuil — vous voyez que je précise, — un appartement où il n'y a pas plus de quiftze jours encore, à la veille du départ de M""^ la présidente pour la campagne, il a reçu sa maîtresse !

Marceline était ébranlée par l'accent de sincérité et d'énergie avec lequel s'exprimait le sergent...

— Oh! si cela était vrai, ce serait infâme!... M"'= Paule en mourrait de chagrin !... Mais alors... M. Julien doit aller après-demain à Paris... Ce serait donc...

— Pour un rendez-vous avec cette femme ou cette fille? C'est probable, c'est certain!... Vous comprenez qu'habitant la maison du vicomte, j'ai dû, soit par mes parents, soit par les domestiques, apprendre bien des choses ! . . .

— Monsieur GuillaunTie ! s'écria avec feu la camériste, il faut que nous sachions la vérité... H faut que vous aussi, vous alliez à Paris, que vous surveilliez M. le vicomte, que vous...

— Marceline ! fit sévèrement le sergent, pour qui me prenez-vous ? Je suis un soldat, je ne suis pas un mouchard !

On aurait pu sans doute faire observer au scrupuleux miUtaire, et il ne lui eût pas été difficile de se répondre à lui-même, qu'il venait précisément d'exercer, quelques heures auparavant, dans Je

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