CHAPITRE XI
parc, ce métier d'espion contre lequel il protestait avec une si légitime indignation.
N'avait -il pas filé le vicomte ? ne s'était-il pas blotti derrière une charmille pour écouter la conversation des deux jeunes gens, qui avait été si près de devenir criminelle ?
Il est vrai qu'il agissait pour son propre compte, sous l'empire de la jalousie ; il es: vrai qu'il avait obéi à une impulsion involontaire, à un mouvement instinctif, et qui était au moins excusable.
C'était tout autre chose, à ses yeux, de faire avec préméditation l'office de policier, et de s'embusquer au coin de la rue de Verneuil pour guetter M. de Villerain.
— Vous oubliez, Marceline, que mes parents sont au service de la famille de M. Julien ; que j'ai été moi-même honoré de la bienveillance du général. C'est à un fidèle et loyal secrétaire et non à un traître que M. le comte a cru pouvoir livrer le secret des fredaines de son fils.
— Vous avez raison, monsieur Guillaume. Mais comme il faut absolument que je sache à quoi m'en tenir, ce que vous ne pouvez faire, je le ferai, moi!
— Bravo ! C'est votre droit, ma chère enfant...
— C'est plus que mon droit, c'est mon devoir... N'est-ce pas moi qui ai favorisé leurs amours, qui
ai servi d'intermédiaire à leurs correspondances?... Pouvais-je me douter que ce garçon si doux, si timide, n'était qu'un trompeur ?. . . Je veux croire encore que vous êtes dans Terreur... Dans tous les cas, j'en aurai le cœur net... Et s'il a une maîtresse, je le démasquerai...
Il fut convenu que la femme de chambre demanderait la permission d'aller à Paris, sous le prétexte de porter de l'argent à la caisse d'épargne. Elle n'eut pas besoin de recourir à ce subterfurge, M"^ Tournays ayant manifesté l'intention d'aller passer deux jours au boulevard Saint-Germain avec sa fille... Le vicomte ne devait la devancer que de vingt-quatre heures, pour sauver les apparences. Il va sans dire qu'ils s'étaient donné rendez-vous dans l'appartement de garçon qui cachait les entrevues adultères.
— Là, du moins, avait dit Huguette à son amant, tu n'auras pas à m'opposer tes absurdes scrupules de conscience! Et puis, la campagne m'ennuie, dès lors qu'elle me prive de tes embrassements.
Le vicomte avait courbé la tête avec sa résignation ordinaire. S'il était obligé de subir ses caresses, de simuler une affection qui appartenait tout entière à une autre, il n'aurait pas la douleur, et le remords de souiller par d'odieux baisers la demeure qui abritait sa fiancée .
L'incident qui avait causé à Paule une telle