‹ L'incesteChapitre 202 sur 212 · CHAPITRE Xil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xil

— Nous ne partirons pas avant d'avoir vu la femme qui vient de monter chez vous, avant d'avoir vu votre maîtresse, monsieur le vicomte !

— Au nom du ciel ! reprit-il avec angoisses, retirez-vous !... Je vous dirai tout, Paule... Ayez faien moi et en mon amour ! . . .

— Foi en vous ? infâme ! répliqua enfin M"* Tournays... Pourquoi parlez-vous si bas? Pourquoi tremblez-vous ainsi ? Craignez-vous que votre maîtresse ne nous voie et ne nous entende ? Je ne m'en irai pas avant de l'avoir vue, cette femme!

Et surmontant sa timidité naturelle, devançant Marceline qui, jusqu'alors^ avait joué le premier rôle, écartant d'un geste indigné M. de Villerain qui voulait lui barrer le passage et qui demeura pétrifié, elle s'élança vers le salon, dont la porte principale s'ouvrait en face de l'antichambre... Marceline la suivit.

Quelques secondes lui avaient suffi pourfranchii cette courte distance; mais elles avaient permis aussi à la présidente de reconquérir son sang-froid, de reprendre possession d'elle-même et de cherclier une voie de salut.

Elle n'était pas femme à perdre la tête. Elle était assez intelligente pour se tirer à son avantage des situations les plus périlleuses, les plus désespérées.

Si d'abord elle avait été atterrée par l'arrivée si

inattendue de sa fille, elle avait retrouvé aussitôt son assurance. La lumière se faisait dans son esprit ; elle avait le secret des froideurs étranges de son amant.

Plus elle était coupable, plus elle estimait nécessaire de se poser en juge. Pour se dispenser de se justifier et de se défendre, elle n'avait qu'à se dresser comme une accusatrice.

A l'instant où les deux jeunes filles se précipitaient dans le salon, Huguette s'était, d'un bond, retirée de la porte; elle se tenait droite, sévère, la main posée sur le guéridon...

Paule, en la reconnaissant, s'était affaissée sur elle-même, à demi-morte de stupéfaction et d'épouvante, et en murmurant d'une voix éteinte :

■ — Ma mère !

Marceline, moins anéantie, se contentait de froncer les sourcils. Ainsi que nous l'avons vu déjà, elle avait deviné depuis longtemps une faible partie de la vérité ; mais dans sa candeur d'enfant de dixsept ans, il ne lui était jamais venu à l'esprit que la présidente pût être la maîtresse de M. de Villerain, et ce n'était certes pas elle qu'elle comptait trouver rue de Verneuil 1

Le plus douloureusement frappé en cette circonstance, c'était Julien. Il avait machinalement suivi les deux femmes dont il ne lui avait pas été possible d'intercepter la marche... Il était comme hébété;

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