‹ L'incesteChapitre 203 sur 212 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

il se sentait perdu : Paule savait tout : il n'en pouvait plus douter. . . Désormais elle n'éprouverait plus pour lui que du mépris et de l'horreur... S'il avait eu sous la main un revolver, il se fût immédiatement brûlé la cervelle.

La voix sèche et froide de M"'* Tournays le rappela soudain au sentiment de la réalité :

— Monsieur le vicomte, dit-elle d'un ton dur, vous êtes encore plus coupable, encore plus crimi nel que je ne supposais... Monsieur Julien de Villerain, je pensais bien, comme on me l'avait dit, trouver chez vous votre maîtresse... mais je n'aurais jamais pu croire que cette maîtresse fût ma propre fille!... Vous êtes le dernier des scélérats !

C'était un coup d'audace, dont la réussite était surbordonnée à la présence d'esprit de Julien, d'une part, et à la créduité de sa fille et de Marceline, de l'autre.

Si celui-là ne saisissait pas la balle au bond et ne s'accrochait pas à cette planche de salut; si cellesci n'avaient pas assez de naïveté pour accepter d'emblée l'explication de cette prodigieuse rencontre, tout était perdu.

11 y eut un moment d'ahurissement général.

Paule, en se rappelant l'aventure du parc, supposait que sa mère n'ignorait plus rien, qu'elle avait surpris le secret de ses rendez-vous avec le

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vicomte, qu'elle l'avait fait épier, et qu'elle la surprenait en flagrant délit...

Elle courbait la tête, toute tremblante, toute honteuse.

Julien, de son côté, ne savait plus à quelles conjectures s'arrêter; il se sentait à demi abruti. La diversion imaginée par sa complice était habile, mais M"^ Tournays en serait-elle la dupe ?

Son anxiété était extrême. Il y eut un long silence. Aucun des spectateurs de cette scène n'osait prendre la parole. Seule, Marceline croyait démêler la vérité, et elle jetait sur la présidente un regard inquisiteur et soupçonneux qui la fit frissonner.

Si l'équivoque de la situation se fût prolongée une demi-minute de plus, c'en était fait ; les deux coupables étaient acculés à une impasse; la lumière S2 faisait dans l'esprit de Paule; M"^** Tournays était impuissante à continuer son rôle de mère irritée, elle se sentait défaillir. Elle venait d'épuiser dans le cri de reproche adressé à son amant toute l'énergie dont elle était capable. Les tourments de la jalousie la dévoraient. Elle se demandait si M. de Villerain ne l'avait pas trompée dès le premier jour.

Pour la première fois elle entrevoyait dans sa fille une rivale, et une rivale préférée !

Ah ! s'il s'était agi de toute autre femme, avec

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quelle rage elle se fôt précipitée sur elle, pour hi déchirer de ses ongles ! Comme elle se fût vengée de ce qui lui apparaissait comme une trahison infâme ! Comme elle eût été tentée d'arracher les yeux à Julien lui-même !

Elle tenait donc enfin le secret de ses froideurs, de son trouble incessant, de ses inquiétudes perpétuelles, alors qu'il était dans ses bras !...

La jeune fille les sauva tous, sans le vouloir, à son insu.

Elle aimait M. de Villerain et elle adorait ^me Xournays. Une fille peut soupçonner son amant ; elle ne soupçonne pas sa propre mère, elle ne doute pas de la vertu de celle qui Ta portée dans son sein, qui a soutenu ses premiers pas dans la vie, qui a entendu son premier vagissement, reçu son premier sourire, et dont le visage caressant s'associe à ses plus lointains souvenirs d'enfance !

Elle rompit la première le silence, tandis que Marceline, la main posée sur son front, cherchait dans son cerveau la clef du mystère, et que le vicomte, presque anéanti, n'apercevait aucune issue à la situation inextricable où il était plongé, et se trouvait absolument impuissant à saisir la perche qui venait de lui être tendue. S'avançant, humble et suppliante vers sa mère, sans oser la regarder en face :

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— Pardonnez-moi ! s'écria-t-elle en sanglotant... Je suis bien coupable !.. . Eh bien! oui, je l'aime !.,. Je l'aime et je suis jalouse ! Voilà pourquoi je suis ici!... Ne m'aviez-vous pas dit vousmême qu'il avait une maîtresse?... J'ai voulu voir par mes propres yeux... C'est là mon seul crime, je le jure ! . . . J'en prends à témoin Marceline ! . . ,

— C'est vrai ! madame! dit à son tour la femme de chambre. Je le jure aussi sur mon salut éternel! Ma pauvre chère maîtresse est aussi innocente que l'enfant qui vient de naître C'est sur moi seule que doit retomber la responsabilité de ce qui arrive... C'est moi qui l'ai entraînée ici... J'affirme qu'elle ne voulait pas venir ! . . .

La présidente éprouva à la fois une sorte de soulagement en s'assurant que ni sa fille ni sa domestique ne connaissaient son secret, et un sentiment de vive douleur à la révélation d'une passion que Paule, jusqu'ici, lui avait si soigneusement dissimulée.

Mais il ne lui était plus permis de tergiverser. Sa conduite était toute tracée. L'aveu de sa fille lui imposait un devoir à remplir, et elle était bien trop habile pour reculer.

Elle refoula donc au plus profond de son cœur la colère qui l'agitait, l'indignation qu'elle éprouvait contre son amant et contre Paule.

S'avançant vers Julien, elle le saisit brutalement par le bras :

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