CHAPITRE Vil
gardait toujours avec des yeux étranges. M™* Dauviller l'adorait ; M. Dupuys le considérait déjà comme son petit-fils. Qu'eût-il pu désirer de plus? L'affection de sa fiancée peut-être, dont l'indifférence était trop visible ? Mais le temps et la vie commune lui ouvriraient ce cœur qui se montrait très clairement cadenassé! En attendant, la caisse n'était-elle pas ouverte? Deux cent mille francs comptant, qu'elle possédait du chef de son père, sans compter de magnifiques espérances! c'était, pour un petit avocat de province, un gros lot à la loterie de l'existence.
Les accords étaient faits, les bans allaient être publiés ; on s'occupait déjà des détails de la corbeille, dont la famille de la future allait faire tous les frais. André avait aisément trouvé à emprunter cinq ou six mille francs sur la dot de celle que la voix publique désignait comme sa femme.
Huguette, qui avait résisté longtemps, par loyauté encore plus que par dégoût, s'était résignée ; Maurice lui-même n'osait plus la détourner d'une solution que l'état de grossesse avancée de la jeune fille rendait nécessaire. D'un moment à l'autre, en dépit des précautions prises et des prodiges de pression exercés par un discret et complaisant corset. M"'*" Dauviller pouvait découvrir la vérité ou tout au moins la soupçonner... Il n'y avait pas à hésiter.
Que deviendraient-ils tous le jour où la femme de Maurice s'apercevrait que M"'' de Tagny était enceinte de sept mois? Certes, le mari qu'on lui imposait s'en apercevrait lui aussi!... Pas immédiatement du moins, car Huguette était bien décidée à ne lui accorder que sa main, sa dot, et rien de plus. Seulement cette éventualité ne les effrayait pas beaucoup. N'avaient-ils pas deux mois devant eux pour aviser? Et puis la cupidité de ce jeune homme ne leur répondait-elle pas de son silence ? Était-ce pour lui autre chose qu'un mariage d'argent ? Ne reculerait-il pas devant un éclat, devant le scandale d'une séparation de corps ?
Que voulait-il, après tout, cet André Tournays, dont la physionomie bête, les favoris en côtelettes, l'air suffisant, l'insignifiance physique, morale et intellectuelle, avaient au premier abord provoqué chez sa fiancée un sentiment de répulsion et de mépris, que voulait -il? de l'argent! On lui en donnerait. Une situation? On s'arrangerait, grâce à de hautes relations, pour lui faire accepter, en échange de son déshonneur une place de substitut, qu'il avait longtemps convoitée sans l'obtenir.
Ce garçon-là, s'il devait n'être jamais un mari pour celle qui allait porter son nom, n'avait-il pas tout ce qu'il fallait pour faire un excellent magistrat ? Aurait-il dans l'avenir d'autre préoccupation qui> l'intérêt de son avancement? 11 se soucierait