CHAPITRE VII
bien de sa femme, des amants qu'elle aurait eus dans le passé, 'de ceux qu'elle aurait dans l'avenir, et surtout de l'enfant qu'elle aurait jeté dans la corbeille de mariage, pourvu qu'il fit son chemin, et qu'il passât rapidement de la magistrature debout dans la magistrature assise! Pourvu qu'il devînt le plus vite possible juge, président, conseiller, président de chambre et premier président. Rien ne l'empêcherait d'ailleurs d'arriver jusqu'à la cour de cassation, et ce n'était pas Huguette qui penserait à entraver la carrière de M. André Tournays.
Elle et Maurice ne pensaient qu'à une chose, aux moyens de sauvegarder les apparences, de donner le change à tout le monde comme à leurs proches, de continuer à s'aimer, de poursuivre leurs relations coupables !
Si ce n'était pas de son plein gré, si ce n'avait pas été sans lutte que Huguette avait succombé, qu'elle s'était précipitée dans l'abîme, ou plutôt qu'elle s'y était laissée tomber, elle avait fini par accepter son horrible situation. Elle aimait M.Dauviller, elle portait dans son sein la preuve vivante de sa tendresse ; elle était bien résolue à n'aimer jamais que lui, à n'appartenir jamais à un autre.
Maurice avait moins de scrupules et moins de remords encore. Quand sa femme lui avait parlé pour la première fois du mariage projeté de sa fille, il avait été tenté de protester avec une indi-
gnation inopportune et maladroite, de jeter les hauts cris, de s'y opposer de toutes ses forces. Il semblait qu'on voulût lui ravir son bien, son trésor! Il eut assez d'empire sur lui-même pour se contenir, pour dissimuler, pour affecter une satisfaction mensongère...
En y réfléchissant, il vit dans cet événement une issue à l'impasse où ils étaient enfermés, et il finit par engager vivement sa maîtresse à accepter.
— Tu me jures au moins, dit-il, que cet homme ne te touchera même pas le bout du doigt! Que jamais...
— Peux-tu douter de moi, Maurice ? répliquat-elle avec énergie. Ne resteras-tu pas dans l'avenir ce que tu as été dans le passé : mon unique amour? Est-ce ma faute si le sort et ma mère nous ont séparés ? N'étais-je pas presque une enfant quand je t'ai donné mon cœur, quand nous avons échangé des serments éternels?
— Merci, Huguette! j'ai confiance en toi! Je crois en toi!... Si cet odieux fiancé que l'on te propose...
— Dis : que l'on m'impose, mon ami !
— Oui! que l'on t'impose!... Si ce drôle était un honnête homme, nous hésiterions, toi et moi, à le tromper. Mais faut-il faire tant de façons avec un misérable coureur de dots de cette espèce!... Tu me promets solennellement, Huguette, qu'il