‹ L'incesteChapitre 42 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Tassister, et il lai avait fallu se retirer. Mais M"'' de Tagny n'y perdait rien. Le médecin en chef de la Pitié, professeur d'obstétrique à la Faculté de médecine et l'une des gloires les plus éclatantes de la science contemporaine, avait promis d'opérer lui-même l'accouchement de la jeune fille.

M. Dupuys s'était retiré, et il était à peu près certain que la délivrance serait accomplie quand il reviendrait le lendemain matin. Il était convenu qu'on le ferait prévenir en cas d'accident, de complications graves...

— Elle peut mourir ! s'écriait-il avec désespoir. Et je ne serai pas là pour recevoir son dernier soupir, pour l'embrasser une dernière fois !

On s'était bien efforcé de le rassurer, et l'habileté bien connue de l'illustre chirurgien lui était une garantie suffisante. Et pourtant quelle horrible nuit il allait passer! Avec quelles angoisses il attendrait le lendemain!

— Courage! grand-père! lui dit Huguette. Je serai forte, résignée. Et si je meurs, je ne ferai qu'expier ma faute ! . . .

Et elle ajouta tout bas :

— Mon crime ! . . .

Je ne raconterai pas les péripéties d'un drame qui se renouvelle des milliers, des millions de fois chaque jour, sur toute la surface de la terre ! Hélas, il n'est pas une créature humaine qui, en venant au

monde, n'ait risqué de coûter la vie à sa mère !

Un accouchement avant terme, et provoqué surtout par le tragique événement du matin, était certes bien de nature à exciter chez le vieillard les plus sérieuses appréhensions.

Par bonheur, elles ne furent pas justifiées. Huguette endura des tortures atroces, jeta des cris épouvantables, s'épuisa en imprécations terribles, contre elle-même, contre sa fatale passion, contre son amant, contre sa mère,..

Ceux qui la soignaient attribuaient au délire les paroles étranges et les malédictions qui sortaient de sa bouche...

A quatre heures du matin, un dernier cri plus sauvage et plus déchirant se fit entendre. . . Puis la chambre rentra dans le silence, troublé par les gémissements plaintifs de la mère délivrée et par les vagissements de l'enfant...

M^^^ de Tagny venait de donner le jour à un garçon, un peu chétif, mais très vivant, très viable, assez solidement constitué...

Lorsque, quelques instants plus tard, et la toilette du petit être terminée, on le lui présenta, Huguette, au lieu du tendre baiser maternel que l'on attendait, jeta sur la pauvre petite créature un regard de haine, de dégoût, d'horreur... Elle se détourna^ rejeta sa tête sur l'oreiller, du côté opposé, en murmurant d'une voix sourde :

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