‹ L'incesteChapitre 44 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

constatés sur les registres de l'état civil! que je ne saurai plus désormais où me cacher! que mon existence est brisée et mon avenir perdu!...

— Ne te désole pas ainsi ; le secret sera bien gardé; personne ne le saura...

— Imprudent grand-père! vous ne songez à rien! Est-ce que vous auriez dû me transporter ici? Est-ce qu'il n'aurait pas mieux valu pour moi accoucher en pleine rue ? Il ne fallait pas au moins donner mon vrai nom !

M. Dupuys était atterré, ne répondait rien, de peur d'irriter davantage la malade. Cette insensibilité l'épouvantait.

— Pauvre petit! pensait-il, quelle carrière te réserve cette naissance maudite ! ... Te voilà orphelin en venant au monde ! Plus terriblement orphelin que si celle qui t'a donné le jour était couchée dans la tombe ! Eh bien ! si tu n'as déjà plus de mère^ je veillerai sur toi, je serai ton père!

Dans la matinée, par les soins de l'administration de la Pitié, était présenté à l'officier de l'état civil du XII® arrondissement un enfant du sexe masculin, né ce même jour, 15 octobre 1854, de ja demoiselle Huguette de Tagny, et de père inconnu, et qui fut inscrit sous les noms de Maxime- René.

L'accouchée refusant énergiquement de donner le sein au nouveau-né, M. Dupuys voulut ne lais-

ser à personne le soin de chercher une nourrice. Il se sentait pris d'une tendresse profonde pour ce malheureux fruit d'un amour criminel. Il n'avait pas demandé à naître, ce pauvre petit paria ! Il était bien innocent! Il n'avait pas mérité la double et éternelle aversion qui entourait son berceau !

Si la jeune fille qui l'avait porté sept mois dans ses entrailles, qui l'avait torturé même avant qu'il arrivât à la lumière, qui avait tout tenté pour l'étouffer dans son germe ; qui, sous l'inspiration de Maurice, avait même eu recours, sans succès d'ailleurs, à des manœuvres abortives ; si Huguette le détestait, combien ne serait pas plus forte et plus violente la haine de M™^ Dauviller !

Pourrait-elle jamais pardonner à Maxime-René d'exister, d'être le fils de son mari, d'avoir cimenté et consacré les odieuses et incestueuses relations qui étaient pour elle le plus sanglant des outrages, qui la frappaient dans son orgueil de femme, dans sa dignité de mère et dans son bonheur d'épouse?

Que n'eût-elle pas donné pour avoir un fils de Maurice! Depuis deux ans et demi de mariage, elle en était encore à se lamenter de sa stérilité, à jeter des regards d'envie sur la fécondité des autres; elle voyait approcher avec effroi l'époque où tout espoir de maternité lui serait enlevé, où cette dernière chance de conquérir le cœur et de vaincre l'indifférence de M. Dauviller lui serait ravie?

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