‹ L'incesteChapitre 47 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

. Et il lui glissa dans la main une pièce de dix francs.

— Oh! merci! monsieur! s'écria-t-elle avec joie. Que vous êtes bon!... Je pourrai donc épouser mon hïond !. . .

Sans comprendre au juste la signification du mot, usité surtout chez les paysans de la Beauce et du Perche, M. Dupuys n'eut pas de peine à deviner qu'il s'agissait de son amoureux...

— Elle est moins malheureuse que ma pauvre Huguette, elle! se dit-il avec chagrin. Sa faiblesse n'est point irréparable; elle n'est pas perdue sans ressources. Il n'y a point de barrière invincible entre elle et l'homme qui l'a rendue mère !

Un quart d'heure plus tard, après s^ctre dégagée envers la directrice du bureau, en lui déclarant qu'elle renonçait à attendre plus longtemps un nourrisson, la jeune paysanne avait rejoint le vieux monsieur, qui la fit entrer dans l'arrière-boutique d'un des nombreux marchands de vins de la rue Saint- Victor, commanda pour elle un copieux déjeuner avec une bouteille de bordeaux, la questionna, l'examina, jeta un coup d'œil sur ses papiers... Rien qu'en voyant le sein exubérant sur lequel se précipitaient les lèvres avides du bébé et que pressaient ses petites mains, il s'assura bien vite que son choix ne pouvait être mieux placé.

— Vous le voyez, monsieur ! dit elle. Il y en a

aisément pour deux ! Ce n'est pas le lait qui manque, je vous jure. Et je ne serai pas obligée de réduire la part de mon garçon. Regardez-le : ne lui donnerait-on pas six mois ? Il n'en a pourtant que trois ! . . . Soyez tranquille : le vôtre pâtira encore moins que lui !

Et comme le vieillard témoignait sa satisfaction :

— Alors, monsieur, vous me donnerez bien quarante francs par mois ?. . . plus le sucre et le savon ?

— Quarante francs? non!... répondit-il avec bonté et en souriant. . .

— Oh ! monsieur ! Le grand Mathieu, qui m'a mise à mal, ne veut me rendre l'honneur qu'à cette condition ! . . .

— Laissez-moi achever, mon enfant! Si je ne vous offre pas quarante francs, c'est que je veux vous en donner soixante... Ne vous inquiétez pas non plus du sucre, du savon et de tous les accessoires!...

La jeune nourrice poussa une exclamation de bonheur...

— En revanche, reprit-il gravement, promettezmoi de l'aimer, d'être pour lui une seconde mère?... Car il n'en aura plus d'autre, hélas !

— Si je l'aimerai ! oui, monsieur! Vous n'aurez pas affaire à une ingrate ! . . . Et ma tendresse et mes soins...

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