‹ L'incesteChapitre 48 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Lui seront d'autant plus nécessaires qu'il est né avant ternie^ à sept mois... qu'il est malingre et chétif!...

Il l'emmena à l'hôpital, où l'examen médical auquel on la soumit fut tout à fait favorable à la nourrice. Dès qu'on lui eût montré l'enfant, qui ne se fit guère prier pour prendre le sein, elle fut effrayée de son apparence débile :

— Pauvre chérubin! murmura-t-elle avec compassion, en répétant une locution villageoise : // serait mieux en terre quen pré!

L'accouchée avait laissé emporter son petit sans dire un mot, sans consentir même à lui donner un baiser d'adieu, sans manifester le moindre regret, la plus légère émotion. La femme du directeur avait bien voulu se charger, sur la prière de M.Dupuys, d'acheter immédiatement la layette nécessaire.

Deux heures plus tard, le grand-père fit monter en voiture Françoise Nithouard — tel étnit le nom de la jeune femme — avec ses deux nourrissons, et la conduisit à la gare Montparnasse.

Elle habitait avec ses parents, pauvres journaHers des environs de Chartres, le village du Mousseaux, situé à trois kilomètres de cette ville. Abusée par un Don Juan du hameau, débauché, paresseux, ivrogne, aussi assidu au cabaret qu'il l'était peu à l'ouvrage, Françoise aurait pu, comme tant d'au-

très, dissimuler sa grossesse, quitter le pays, se réfugier à Paris, se placer comme domestique, aller faire ses couches secrètement cà la Maternité, à la Clinique ou chez une sage-femme. Mais elle aimait Mathieu, malgré ses défauts ; elle avait espéré qu'il tiendrait ses promesses, qu'il l'épouserait, qu'elle n'aurait plus à rougir devant ses amies et ses voisines. Elle le valait bien, après tout! il n'était pas plus riche qu'elle !

Mais le beau gars ne se souciait pas d'abandonner sitôt la vie de garçon. . .

— Oui ! oui ! répondit-il à ses supplications et à ses larmes... Plus tard, je ne dis pas!... C'est pas la peine de nous jeter tous les deux dans la misère... J'aime mieux rigoler, moi!

— Mais mon enfant, Mathieu! Que veux-tu qu'il devienne? Comment veux-tu que je l'élève, quand il sera venu au monde ?

— Ton gosse?... Mets-le aux Enfants-Trouvés ! . . . C'est embêtant à la fin !.. . Est-ce que je t'ai prise de force?... Dame! tu sais, Françoise : fallait pas y venir ! . . .

— Oh ! grand sans cœur ! s'était-elle écriée en sanglotant...

Il fit un geste d'impatience :

— Elles sont toutes les mêmes ! . . . On ne peut pas s'amuser un brin avec une fille : vlan ! la voilà pincée... C'est à dégoûter du métier...

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