‹ L'incesteChapitre 65 sur 212 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et la bonne venait d'arriver dans la cour, et M. Dupuys se précipitait pour recevoir sa petitefille. Mais, hélas ! la calèche était vide 1

Le cocher avait Toreille basse, balbutiait, et pour toute réponse aux questions de son maître, lui remit une lettre que lui avait donnée sa jeune maîtresse, en lui défendant de retourner immédiatement à Mirebeau, et lui ordonnant de n'y arriver que dans la soirée.

Tout ce qu'il savait, c'est que mademoiselle avait pris le matin avec Jeannette — c'était le nom de la servante — le train de Paris.

Le vieillard déchira l'enveloppe en tremblant, mit ses lunettes, car il n'avait plus la vue bonne, et lut les quelques lignes dans lesquelles Huguette lui avouait la vérité, et lui annonçait le but et l'objet de son voyage, en lui demandant pardon de la douleur qu'elle allait lui causer...

Malgré son âge, sa faiblesse et le délabrement de sa santé, il n'hésita pas. Si les deux chevaux n'étaient plus en état de faire une troisième fois un trajet de vingt-huit kilomètres, il en avait heureusement un troisième à l'écurie. Un quart d'heure plus tard il montait dans sa victoria, et il arrivait au chef-lieu, à temps pour prendre le train-poste venant de la Rochelle. Il serait à Tours vers minuit et demi...

Revenons à l'hôtel de la Boule-d'Or.

Maurice se rendit à la porte qu'on venait de lui indiquer. . . Hélas ! au moment de frapper, il se troubla ; le courage faillit lui manquer... Il s'accouda contre la muraille...

Le remords n'était pour rien dans ses tergiversations... Et pourtant il avait peur... Une sueur froide coulait de son front... Les observations malveillantes des domestiques étaient parvenues jusqu'à son oreille...

Il fit un effort sur lui-même et frappa... Il entendit des pas... M^^^ de Tagny n'avait pas voulu laisser à sa domestique le soin de lui ouvrir. . .

Dès qu'elle l'aperçut, elle jeta un cri d'horreur, recula de trois pas...

— Que voulez-vous ?... Qui êtes-vous?... Vous vous trompez de porte... Allez-vous en, monsieur, ou j'appelle 1 O quel monstre !

— Huguette! balbutia- t-il en sanglottant... Tu ne me reconnais pas ?...

Pour toute réponse, Huguette se sauva dans la pièce voisine et tomba évanouie sur le tapis

LE NOYà

La domestique, à qui Huguette avait recommandé de rester dans la seconde pièce, pour n'être pas troublée dans son entrevue avec Maurice, la domestique, ne comprenant rien à la frayeur subite de sa maîtresse, se mit à jeter des cris de détresse, à appeler au secours ; et avant même de songer à la secourir, rouvrit la porte pour savoir de quoi il s'agissait.

En apercevant cette tête étrange qui n'avait plus forme humaine, elle s'enfuit à son tour, en se cachant le visage de ses mains, et poussa le verrou... Superstitieuse comme toutes les paysannes du Poitou, elle avait pris l'inconnu pour un échappé de l'enfer, ou peut-être pour le diable en personne, bien qu'il n'eût pas de cornes et qu'il fût vêtu comme tout le monde...

M. Dauviller restait là, muet, immobile, anéanti, désespéré.

Hélas ! elle n'avait pas reconnu sa voix plus que son visage; si les sons bizarres qui sortaient de

son nez bien plus que de sa bouche pouvaient encore, de bien loin, ressembler à une voix !

Pour la première fois, il se rendit un compte exact de sa situation ! Il était donc cent fois plus horrible qu'il ne se l'était imaginé ! Grâce à la déhcate attention de sa femme, qui avait eu le soin de supprimer dans sa maison toutes les glaces, il n'avait pas encore vu sa propre image depuis son aventure, ni depuis sa guérison...

Par un mouvement spontané il s'approcha de la cheminée sur laquelle se trouvait une glace... Il se regarda, frémit, recula avec épouvante devant le monstre que lui présentait le fidèle et impitoyable miroir, fit entendre un rugissement sourd... Il avait peur de lui-même !...

Il se précipita vers la porte, descendit précipitamment l'escalier, bousculant les domestiques que les cris avaient attirés, se sauva dans la rue, sans que personne osât l'arrêter, descendit la rue Royale en courant comme un fou, et, arrivé au pont, tourna à gauche et suivit le bord du fleuve, jusqu'en aval de la ville, jusqu'à l'endroit qu'il avait d'avance désigné pour un double suicide...

Il allait mourir seul !

Ah ! s'il avait pu avoir la moindre hésitation, ne disparaissait-elle pas devant le dernier et terrible coup qui le frappait ? Avait-il désormais un autre refuge que les flots de la Loire ?

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