‹ L'incesteChapitre 67 sur 212 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

che précipitée, les singularités de son attitude, l'affolement qui se trahissait dans toute sa personne, les mots entrecoupés qui s'échappaient à son insu de sa bouche, avaient attiré l'attention de quelques promeneurs.

Deux d'entre eux l'avaient suivi, à une certaine distance, par curiosité d'abord, puis ensuite par un sentiment d'humanité. La mise et l'apparence extérieure de cet homme accusaient une certaine situation sociale excluant toute idée d'ivresse. Ce ne pouvait être qu'un malheureux atteint d'aliénation mentale ou un désespéré.

En le voyant s'engager sur la jetée qui protège la ville contre les inondations — protection bien souvent insuffisante, hélas ! — ils ne doutèrent plus que l'inconnu ne méditât quelque sinistre projet !

Il devenait imprudent de continuer à le suivre ostensiblement sans éveiller son attention.

Avisant un batelier en train d'amarrer son canot, ils le mirent au courant de leurs hypothèses et de leurs craintes, et celui-ci n'hésita pas à se mettre à leur disposition. Tous les trois montèrent dans l'embarcation, et, gagnant la rive droite du fleuve pour n'être pas aperçus de l'infortuné, ils ne le perdirent pas de vue, se tenant prêts à lui porter secours le cas échéant. Le courant étant très fort en raison de la crue, ils avaient à peine besoin

d'utiliser les rames et se laissaient aller au fil de l'eau.

Quand ils le virent s'arrêter et commencer ses préparatifs, ils se tinrent en observation et gagnèrent le plus silencieusement possible la rive gauche. L'obscurité les protégeait... Le doute n'était plus permis ; ils allaient assister à une tentative de suicide... Quelques coups de rames leur suffiraient pour arriver au moment voulu... Par malheur ils ne pouvaient voir les précautions prises par la victime contre tout sauvetage éventuel.

Dès que Maurice se fût approché de l'eau, les rameurs nagèrent vigoureusement...

Mais quittons, quant à présent^ les bords de la Loire, et retournons à l'hôtel de la Boule-d'Or.

En revenant à elle, Huguette, dont le désespoir ne le cédait guère à celui de son ancien amant, avait été prise d'un accès de fièvre violente, et les instances de sa servante l'avaient décidée à se mettre au lit. Au milieu de la nuit, son grand-père arrivait à Tours, et après avoir successivement visité plusieurs hôtels où l'on n'avait pas vu les voyageuses qu'il réclamait, sonnait à la Boule-d'Or^ et apprenait à la fois, du garçon de service, la présence des deux femmes dans la maison et le singulier incident qui y avait causé dans la soirée une si vive émotion.

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