‹ L'incesteChapitre 69 sur 212 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

du caractère et du tempérament d'Hnguette, ne pouvait rester indcfînimcnt livrée au désespoir. Il viendrait un moment où des sensations nouvelles s'éveilleraient en elle, où le passé avec ses tristesses, ses drames et ses remords, disparaîtrait dans un lointain de plus en plus obscur, où ses plaies morales se cicatriseraient.

Aussi, pour faciliter cette cure, s'était-il bien promis de ne jamais faire allusion h son enfant, et de briser le dernien lien qui la rattachait à Maurice, en lui laissant croire qu'il n'avait vécu que quelques jours.

Le petit Maxime-René, au contraire, grâce aux soins de la bonne nourrice, n'avait pas la moindre envie de mourir; les lettres de Françoise, qui arrivaient régulièrement tous les quinze jours, poste restante, à l'adresse convenue de : M. Renaud y étaient des plus rassurantes. La femme de J^an- Mathieu se disait certaine de l'élever.

Ce que ne disait pas, en revanche, à son bienfaiteur la pauvre Françoise, c'est que son ménage allait aussi mal que le nourrisson allait bien. Dès le lendemain du mariage, le grand Mathieu avait repris ses habitudes de dissipation et de fainéantise, et il ne lui avait pas fallu longtemps pour manger les mille irancs donnés par M. Dupuys; le champ apporté en dot était vendu, et la misère n'eût pas manqué de se faire sentir sans les mois de nourrice

qu'envoyait exactement le vieillard et que la malheureuse jeune femme ne disputait qu'avec peine à l'égoïste rapacité de son brutal mari.

On devine que, grâce aux précautions prises, les recherches tentées par M™^ Dauviller, pendant son voyage à Paris, étaient demeurées infructueuses. C'était en vain qu'elle avait mis en campagne la Préfecture de poHce et ses plus habiles agents : il avait été impossible de découvrir la trace de l'enfant, ni le nom ni l'adresse de la nourrice.

La mère de M^^^ de Tagny, d'ailleurs, s'était trouvée, dès les premiers jours, interrompue dans ses démarches, par une dépèche pressante la rappelant à Tours, et qui, au Heu de porter la signature de Maurice, était signée de son jeune fils. Ce télégramme la plongea aussitôt dans un abîme d'angoisses et lui fit pressentir quelque désastre inattendu.

Maurice était donc malade ? Mort peut-être ? Eût-il laissé à un enfant de treize ou quatorze ans le soin de la prévenir ? Que s'était-il passé en son absence ? Le laconisme et les termes ambigus du style télégraphique ouvraient la porte à toutes les hypothèses et à tomes les craintes...

C'était bien de la misérable créature disparue qu'il s'agissait à cette heure ! Que lui importait, après tout, cet odieux enfant? Et combien elle se reprochait d'avoir quitté sa maison pour courir après

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