CHAPITRE XII
lui, et abandonné son cher Maurice à qui sa sollicitude était si nécessaire !
Elle déburqua tout éplorée à la gare de Tours dans l'après-midi qui suivit l'entrevue fatale racontée dans le précédent chapitre, et se fit conduire en hâte à Saint- Symphorien. Malgré le gros pourboire qu'elle avait promis au cocher, il lui semblait qu'elle n'arriverait jamais.
L'inquiétude la rongeait; les minutes étaient des heures...
La voiture était arrivée au bout de la rue Royale et allait s'engager sur le pont, quand son attention fut attirée tout à coup par un groupe de curieux qui prenaient la môme direction, en suivant un de ces brancards qui servent à transporter les malades et les blessés.
Son cœur se serra instinctivement : elle se sentait prise d'une émotion extraordinaire, dont elle n'avait pas pleine conscience.
En quoi ce malheureux, quel qu'il fût, pouvait-il l'intéresser? Que M. Dauviller fût mort ou mourant, à coup sûr il était chez lui; il était dans son lit et non sur une civière...
A peine avait-elle dépassé le cortège qu'elle entendit un gamin répondre à une question de quelque passant :
— Oui ! c'est un noyé qu'on transporte à son domicile, à Saint-Symphorien.
Elle n'y tint plus. Ce mot de noyé produisit sur elle un effet terrible et fut une révélation.
Faire arrêter sa voiture, en descendre, se précipiter vers le brancard, soulever d'une main tremblante un coin de la toile qui le couvrait^ jeter un cri et tomber inanimée : tout cela fut pour M™^ Dauviller l'affaire d'une demi-minute.
Les hommes qui portaient le noyé déposèrent un instant leur triste fardeau; la foule entoura Tinconnue en qui on devinait aussitôt la femme de la victime. On la porta dans sa voiture... Le véhicule et la civière, le mari et la femme arrivèrent en même temps à la maison désolée.
Nous avions laissé Maurice Dauviller au moment où il disparaissait dans les flots de la Loire. Mais le canot qui le surveillait n'avait pas perdu de temps ; en quelques coups de rames, les sauveteurs l'avaient rejoint; le tourbillonnement de l'eau indiquait l'endroit où s'était accompli l'acte de désespoir. Ils saisirent le noyé par une jambe, et le ramenèrent, non sans difficulté^ dans l'embarcation, puis le portèrent dans une des maisons les plus voisines, où l'on se mit à lui prodiguer les secours usités en pareille circonstance et à s'efforcer de le jappeler à la vie.
Fort heureusement, — malheureusement plutôt, devrais-je dire, — l'asphyxie n'était pas complète.
Des frictions énergiques ne tardèrent pas à réta-