‹ L'incesteChapitre 8 sur 212 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mcme adresse et le même nom : M. Dauviller, propriétaire a Poitiers.

Une triple exclamation se fit entendre.

— Ah ! je savais bien qu'il n'y avait pas d'erreur possible ! Tenez! madame et messieurs, voici votre propriété. Quand on perd quelque chose ici, on est toujours sûr de le retrouver...

Et tirant de derrière son dos l'objet en question, il le déposa sur la table.

— C'est bien cela, n'est-ce pas ? C'est bien à vous ?

— Si bien à nous, répondit vivement M""^ Dauviller, que je vais com.pléter l'adresse indiquée. Il n'y a pas seulement le nom de la ville, mais aussi celui de la rue, gravés sur une petite plaque de cuivre : ly, rue du MouIi?i-à-Vent.

Elle venait de reconnaître son propre sac, que M''"" Huguette de Tagny avait emporté en fuyant et que, dans le trouble d'un débarquement précipité, elle avait oublié sur la table des bagages.

Après avoir généreusement récompensé l'agent de la compagnie, et prétexté une défaillance subite pour retarder le départ, M*"^ Dauviller pria son père de faire sauter la petite serrure du sac, afin d'en inventorier le contenu, qui fournirait peut-être quelques indices.

Elle y découvrit une somme considérable : des billets de banque, de l'or et des bijoux...

Un soupir de soulagement sortit de sa poitrine.

Il peut sembler extraordinaire, à première vue, que le ravisseur de M"^ de Tagny ait commis une aussi énorme distration, et qu'il ait oublié ce qu'il avait de plus précieux.

Quiconque a l'habitude des voyages et connaît par expérience l'affolement qui se produit dans la précipitation d'un départ ou dans le tohu-bohu d'une arrivée, n'en sera nullement surpris. On oublie rarement un mauvais carton à chapeau ou un méchant parapluie de quinze francs ; mais on laissera traîner sur une banquette cent mille francs contenus dans un sac de nuit» On se croit tellement sûr de ne pas négliger les choses importantes, que l'on concentre toute son attention sur les menus détails.

On se rappelle ce riche étranger perdant sur le boulevard cinq cent trente-cinq mille francs enveloppés dans un journal, comme un paquet de linge sale, et que ramassa un conducteur d'omnibus!

Si, dans les circonstances ordinaires, on est exposé à d'aussi singulières étourderies, que sera-ce donc quand on voyage avec une conscience troublée, avec le remords pour compagnon et la crainte pour compagne? quand on se sent poursuivi par une incarnation quelconque de Némésis, mari outragé, mère irritée ou gendarme botté ? J'imagine que Caïn qui voyagea beaucoup après son

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