CHAPITRE XIV lôl
peut-être de connivence avec le grand-père, et qu'ils étaient d'accord pour lui cacher quelque chose.
Pourquoi ce faux nom? Pourquoi ces sorties fuitives ? Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Une foule de conjectures se pressaient dans son esprit; la jalousie se mit de la partie. Il se demandait, tantôt s'il n'y avait pas là quelque ignoble tentative de chantage, tantôt si Huguette, avant son mariage, n'aurait pas eu une seconde liaison, moins honteuse, mais aussi irrégulière que la première ? Il devint pendant quelques jours défiant, sombre, taciturne, silencieux.
Et puis soudain un revirement complet se produisit dans ses manières et dans ses allures. Il fut plus affectueux, plus ouvert. Et pourtant un observateur attentif eût remarqué dans ses yeux des lueurs étranges, dans ses sourires quelque chose de fiux et de forcé.
Tout à coup la santé du grand-père, jusqu'alors aussi bonne, aussi soUde que le permettait son âge, se mit à décliner peu à peu, sans cause immédiatement appréciable. Il éprouvait des malaises incompréhensibles, s'affaiblissait avec une rapidité singulière. Malgré son insistance il fallut renoncer au voyage projeté. L'indisposition prit bientôt des proportions inquiétantes. Le médecin ordinaire de la famille répondait en branlant la tète, et pour déguiser l'insuflasancc de son diagnostic :
i82 l'inceste
— C'est la vieillesse, parbleu!... N'a-t-il pas soixante-dix-sept ans bientôt ?... On ne peut pourtant pas vivre toujours !...
— Évidemment^ c'est la vieillesse ! répétait machinalement le substitut. Vous avez raison, docteur ! . . .
Et le docteur griffonnait une ordonnance banale, dont les prescriptions, par une inexplicable fatalité, n'avaient d'autre résultat que d'aggraver l'état du malade.
Celui-ci parut en proie au plus violent chagrin quand il se vit cloué sur son lit :
— Vous souffrez beaucoup, grand-père ? lui demandait Huguette, qui le soignait avec le plus filial dévouement, et ne prenait chaque nuit que deux ou trois heures de repos, pendant lesquelles André la remplaçait à son chevet : vous souffrez beaucoup?
— Oh! chère enfant, ce n'est pas la douleur physique qui m'accable; c'est la pensée que je vais mourir.
Et, se raidissant désespéré sur sa couche :
— Non! ce n'est pas possible! Je ne veux pas mourir ! Je n'ai pas le droit de mourir ! . . . Huguette ! Oh ! si tu savais ! . . .
A plusieurs reprises, il l'attira près de lui, la pressa dans ses bras, ouvrit la bouche pour lui faire une confidence... Mais M. Tournays survenait à