CHAPITRE XIV
d'une voix étranglée... Pardonnez-moi, grandpère! mon bon grand-père que j'aime tant!... Mais je ne puis pas! je ne puis pas! je ne puis pas!
— Jamais ! jamais ! jamais ! disait en même temps d'un ton rauque M™^ Dauvillcr.
Et chacune d'elles s'affaissa, de son côté, sur une chaise, sans que leurs regards se fussent une seule fois rencontrés...
Il y eut un assez long silence. Le malade paraissait inerte, et André se demandait si tout n'était pas consommé.
Cependant il fit un effort sur lui-même, essaya péniblement de se soulever :
— J'ai besoin d'être seul... seul avec Huguette ! reprit-il. Sortez tous...
Et comme personne ne se pressait de quitter la chambre :
— Me refuserez-vous cette dernière grâce ? dit-il avec amertume. Laissez-moi... quelques minutes ! . . .
Il flillut bien obéir. Huguette se pencha sur lui, lui entoura la tête de son bras.
— Huguette ! dit-il... J'ai à te révéler quelque chose... 11 y a deux ans que j'aurais dû le faire...
Elle écoutait en tremblant...
— Je n'ai pas osé... Mais il le faut bien... Huguette, je ne te demande plus de te réconcilier
l88 L'INCESTE
avec ta mère... Mais, si tu ne veux pas que je meure désespéré, j'ai un autre pardon à exiger de toi.
— Un pardon ? interrompit- elle en frissonnant.
— Je veux.... que tu pardonnes à ton enfant!
— Ma fille?... Vous savez bien que je l'adore, la chère petite créature ! . . .
— Ce n'est pas d'elle que je parle!... Je parle de Vautre!... de Maxime-René !.. . Car il faut bien que tu apprennes enfin le nom de ton fils !.. . Hélas ! une mère qui pendant deux ans n'a jamais demandé si son premier-né vivait encore ! . . .
La jeune femme, atterrée, écoutait, bouche béante, en tremblant de tous ses membres...
— Si, pour le monde, et peut-être pour ton mari, ton foyer doit lui rester fermé, ouvre-lui ton cœur, Huguette ! . . . Veille de loin sur lui quand je ne serai plus... Va parfois l'embrasser en cachette.... Tu trouveras dans mon bureau.... quatrième tiroir gauche.... dont voici la clef....
Il tira de dessous son oreiller une petite clef qui ne le quittait jamais, la lui tendit et continua :
— Tu trouveras, avec l'adresse de la nourrice, mes dispositions dernières à son égard... Exécute mes volontés... sois bonne mère, Huguette... bonne mère... bonne...