CHAPITRE
nays se fit remarquer dans ce procès par une connaissance très approfondie de la toxicologie. Il avait creusé à fond, et son sujet, prouvé que, pour remplir sa tâche et pour démasquer le coupable, il avait dû pâlir de longues nuits sur les traités spéciaux.
— Vous nous rendriez des points à tous, monsieur le substitut ! lui disait en riant un des médecins légistes dont l'accusation avait réclamé le concours. Les poisons n'ont plus de secrets pour vous !
Bref, malgré une admirable plaidoirie de l'un des aigles du barreau de Paris, qui était venu à Poitiers défendre l'accusé, et contrairement à toutes les prévisions, celui-ci fut déclaré coupable, condamné à mort et exécuté.
C'était un vrai triomphe, surtout à une époque où le garde des sceaux, dans une circulaire, venait de se plaindre des défaillances de la répression, et de recommander à tous ses subordonnés plus de vigueur et de fermeté.
Il n'en fallait pas davantage pour fixer sur le jeune substitut du procureur général les regards du ministre de la justice. Il avait été peu de temps après nommé avocat général au même siège, puis deux ans plus tard appelé au parquet de Paris.
Il avait enfin le pied dans l'étrier, et comme Tappétit vient en mangeant, il se croyait en mesure de parvenir à tout.
C'est ici qu'était intervenue la seconde cause d'avancement dont j'ai parlé.
Ce qu'il avait dû d'abord à un hasard favorable, il le dut désormais à sa femme.
Si Huguette, depuis la scène qui avait suivi la mort de M. Dupuys, avait éprouvé pour son mari plus d'horreur encore que par le passé, et si la température du ménage était descendue bien au- 'dessous de zéro, la jeune femme s'était attachée à éviter tout éclat.
Après tout, elle n'était victime d'aucune désillusion. André était bien tel qu'elle l'avait toujours jugé, avant et depuis le mariage. Peut-être, au fond de son âme, n'était- elle pas fâchée qu'il l'eût dégagée, en anéantissant la seule pièce qui pût lui faire retrouver son enfant, des nouveaux devoirs que lui imposait la prière suprême de son grandpère.
Certes, son émotion avait été sincère, et elle était bien résolue à exécuter les volontés du vieillard, bien plus par affection filiale que par amour maternel. Mais le premier sentiment d'indignation provoqué par l'acte méprisable du substitut n'avait pas été de longue durée. Après tout il lui rendait service en chassant à jamais le fantôme d'un odieux passé qui menaçait de la poursuivre toute sa vie.
— Ne voyez-vous pas que je vous protège et