‹ L'Incident HohenzollernChapitre 10 sur 159 · La France et la Prusse, V. p. 13 et · texte numérisé non relu

La France et la Prusse, V. p. 13 et

d'Espagne et qui, pour avoir étudié toute sa vie la politique internationale, a occupé plus tard non sans honneur un poste diplomatique, bien qu'il ne fût pas de la Carrière, John Lemoinne, écrivait le 8 juillet dans le Premier Paris du Journal des Débats : « Ce n'est pas pour la première fois que l'hypothèse du prince Léopold de Hohenzollern Sigmaringen (un nom assez dépaysé chez un peuple de race latine) est mise sur le tapis. Il ne faut donc pas dire que la naissance de cette candidature a été une surprise ; c'est sa résurrection qui en est une, pour nous comme pour tout le monde. » Sera-t-il permis de remarquer que le ministre des Affaires étrangères de France n'était pas tout le monde et que M. de Gramont n'eût pas été médiocrement scandalisé en juillet 1870 si l'on se fût avisé de penser qu'il n'était pas mieux informé que le public des questions de politique extérieure ? John Lemoinne, qui n'était alors qu'un publiciste, mais un publiciste très avisé, écrivait encore le 9 : « Les négociations avec le prince de Hohenzollern durent depuis le mois de février. Le monde officiel a l'air de n'avoir rien su, rien entendu ; ce n'est pas la première fois que cela lui arrive, et ce ne sera pas la dernière. » Propos d'opposant ? Méchanceté de polémiste ? Cri d'alarme de patriote averti et justement inquiet ? Certains ministres de l'Empire étaient facilement contents d'eux-mêmes et ne lisaient les journaux que s'ils avaient chance d'y trouver l'approbation de leur politique et l'éloge de leur maître.

En fait, c'est le 30 septembre 1868 que la reine Isabelle s'étant réfugiée en France à la suite d'un pronunciamento , le trône d'Espagne était devenu vacant, et, comme cette révolution n'avait surpris personne, des candidatures à la succession avaient été posées même avant l'événement.

Un candidat s'offrait de lui-même et s'offrait trop, c'était le duc de Montpensier. Il avait contre lui au dedans les adversaires des Bourbons et au dehors l'Empereur des Français. Don Ferdinand, père du roi de Portugal, aurait eu beaucoup de partisans, mais il ne se souciait pas de régner à Madrid. Quelques-uns mettaient en avant des candidatures exotiques et recommandaient le duc d'Aoste ou le duc de Gênes. Il est à remarquer que, dès le 19 octobre 1866, dans un dîner à Biarritz, un diplomate prussien, M. de Werthern, placé à côté d'un député espagnol, Salazar, attirait l'attention de son voisin de table sur le prince Léopold de Hohenzollern. Biarritz est une des résidences favorites de l'impératrice Eugénie. Salazar sera l'interprète de son gouvernement auprès de Bismarck et des Hohenzollern, c'est Werthern qui le présentera et l'accréditera en Allemagne. En juillet 4870, l'impératrice Eugénie, Salazar et Werthern seront au premier plan quand l'incident Hohenzollern deviendra une question européenne.

Au mois de janvier 1867, Werthern fait à Dusseldorf les premières ouvertures au prince Antoine, il lui laisse entrevoir des perspectives d'avenir dans la

péninsule pour l'un de ses fils, Léopold ou Frédéric, la personne importe peu, et rien ne presse : la reine Isabelle est encore à Madrid, mais pour quelques mois seulement, assez pour que l'idée ait le temps de germer.

En 1868, la révolution a éclaté, le trône est vacant et la presse s'empare de la question ; le 8 octobre, la Gazette générale cTAiigsbourg imprime pour la première fois le nom de Léopold. Le Prince qui avait assisté le 6 septembre à Sigmaringen au baptême de son plus jeune fils, avait fait partir sa famille quinze jours plus tard pour la propriété patrimoniale de la Weinbourg, et lui-même était allé à Lisbonne en passant par l'Espagne. Est-ce une simple visite de politesse qu'il veut rendre à son beau-père? Est-ce un voyage politique qu'il entreprend ? A-t-il vu au passage des hommes d'État espagnols? L'Indépendance belge du 31 octobre à Bruxelles et le Journal des Débats du 13 novembre donnent sa candidature comme plus sérieuse qu'on ne pourrait le croire. Lord Loftus, ambassadeur d'Angleterre à Berlin, enregistre les mêmes bruits, en ajoutant que ce choix serait mal vu à Paris1.

Le 1er février 1869, Salazar attache publiquement le grelot par une lettre à ses électeurs de Briviesca dont il ne manque pas d'offrir un exemplaire au prince Léopold de Hohenzollern2. Il se réclame de la doctrine des nationalités et de l'exemple des États qui ont constitué leur unité. Séparés, le Portugal et

1. Lord Loftus, Diplomatie Réminiscences, London, 1894, 1, 236.

2, Cet exemplaire est à la Bibliothèque de l'Université de Heidelberg. Catalogue B 8845 Rester, 30).

l'Espagne sont faibles ; réunis, ils seraient forts. Ferdinand ferait un excellent roi. Il aurait pour successeur Don Louis de Portugal, l'unité serait faite ; après Don Louis viendrait son fils aîné. Au cas où cette branche disparaîtrait sans laisser d'héritiers mâles, il resterait les deux sœurs du roi régnant de Portugal. Toutes deux ont des fils de cinq ans, et le mari de la princesse Antonia est un homme de trentecinq ans, un homme fait, un bon militaire, qui appartient à la branche aînée des Holienzollern. L'Espagne pour Don Ferdinand, conclut Salazar, l'ibérie pour ses descendants. Et en avant les Hohenzollern I

Le prince Léopold était le fils du prince Antoine, le gendre du roi Ferdinand, le frère de la comtesse de Flandre. Y eut-il ou n'y eut-il pas un premier complot entre les membres de la famille ? Toujours est-il que le vicomte de Seissal, ministre de Portugal à Bruxelles, se chargea de passer à Madrid pour convaincre Prim de l'opportunité de la candidature du prince Léopold et d'aller à Dusseldorf pour décider le Prince à la posera

Le 27 mars 1869, M. Benedetti, ambassadeur de France en Prusse, signalait la présence à Berlin de M. Rancès, qui avait habité cette ville comme ambassadeur, et il supposait que son voyage n'était pas étranger à la candidature Hohenzollern. Sans avoir d'autres indices, l'ambassadeur croyait devoir faire part de ses soupçons à son ministre des Affaires étrangères, M. de La Valette, qui demandait des explications par voie télégraphique. L'ambassadeur inter-

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