‹ L'Incident HohenzollernChapitre 101 sur 159 · Id., tome XIII, x, 6, passim · texte numérisé non relu

Id., tome XIII, x, 6, passim

confidences de Beust et Gramont voit les lettres des deux souverains. Il ne communique ni au Conseil ni à M. Ollivier ces négociations capitales. M. Ollivier n'en fut instruit qu'après les événements. Aux reproches qu'il crut devoir adressera Gramont, celui-ci répondit : « L'Empereur s'était réservé de communiquer luimême les documents au Conseil. S'il avait voulu vous les cacher, je m'y serais opposé, mais je ne pouvais lui refuser de vous les révéler au moment qu'il jugerait opportun. »

Entre la dissimulation complète et une communication qui n'est faite qu'après coup, on saisit d'autant moins la nuance que Gramont avait promis à M. Ollivier de lui envoyer les extraits des dépêches de nos ambassadeurs. Il communiquait des extraits de dépêches, il gardait par devers lui la minute d'un traité d'alliance offensive et défensive dont la signature ou l'abandon pouvait changer la face de l'Europe et la fortune de la France.

Défiance réciproque des ministres, défiance à leur endroit d'un souverain qui choisit ses confidents à l'étranger, voilà quelle est la situation en mai 1870. Quelle que fût leur bonne volonté, comment ces détenteurs de portefeuilles qui ont chacun leurs aspirations et leurs secrets et qui dépendent d'un prince encore tout pénétré des principes du pouvoir personnel pourraient-ils faire une politique commune, logique, vraiment française, et, s'il le fallait, parer à l'imprévu?

De quelque biais qu'on examine la question, qu'on étudie les hommes, les principes ou les faits, la même réponse s'impose toujours comme un leitmotiv : il y a des ministres, il n'y a pas de ministère.

Napoléon III avait dit à M. Ollivier en lui refusant la succession de Daru au Quai d'Orsay : « Votre attention ne doit pas se détourner encore des affaires intérieures. » M. Ollivier, qui entrevoyait quelquefois la complexité et les contradictions de la situation, se consolait de n'être encore dans les questions de politique étrangère qu'un ministre mineur en préparant de nouvelles modifications constitutionnelles qui donnaient quelques satisfactions à l'opinion libérale, tout en respectant les pures traditions napoléoniennes. « Je vous prie, écrivait l'Empereur à son ministre, le 21 mars 1870, de vous entendre avec vos collègues pour me soumettre un projet de sénatus-consulte qui fixe invariablement les dispositions fondamentales découlant du plébiscite de 1852, partage le pouvoir législatif entre les deux Chambres et restitue à la nation la part du pouvoir constituant qu'elle avait déléguée. »

M. Ollivier rédige le projet de sénatus-consulte. L'article 13 consacrait le plébiscite facultatif : « L'Empereur est responsable devant le peuple français auquel il a toujours le droit de faire appel. » Le plébiscite obligatoire était établi dans l'article 45 : « La Constitution ne peut être modifiée que par le peuple sur la proposition de V Empereur. »

M. Ollivier souligne l'attitude de Daru et de Buffet qui n'objectent rien à ces deux textes. Buffet critique au contraire l'article 19. « Il ût remarquer qu'il y avait contradiction à déclarer, § 1er : « Les ministres dépen-

dent de l'Empereur », § 2 : « Ils sont responsables », ce qui équivaut à : ils dépendent de la Chambre. De la sorte un paragraphe dit oui, et le second non1. » Objection irréfutable, contradiction fondamentale qui n'embarrasse pas M. Ollivier ; depuis le 2 janvier il conciliait les contraires. L'Empereur répond : « La responsabilité ministérielle est une question de fait plus que de droit. ... Le maintien du § 1er s'impose parce qu'il est une des cinq bases votées par le peuple auxquelles il n'est possible de toucher que par plébiscite ; et ni vous, ni moi, ne voulons de plébiscite2. » Voilà où l'on en était le 28 mars. L'Empereur refusait de définir clairement la responsabilité ministérielle, telle qu'on l'entend et la pratique dans les pays libres ; il faudrait, pour l'établir, provoquer un plébiscite auquel le sénatus-consulte permettra toujours de recourir mais qui à l'heure actuelle paraît inutile au souverain.

Daru et Buffet se taisent le 28 mars ; ce silence peut s'expliquer par bien des raisons et d'abord par le respect dû au souverain qui ne goûtait pas beaucoup la contradiction. Il est probable que leurs amis n'étaient pas tous satisfaits et témoignaient quelque méfiance à l'endroit de cette responsabilité ministérielle qui était une question de fait et qu'il était impossible de définir nettement dans un texte. « Quelle ne fut pas ma surprise, écrit M. Ollivier, lorsqu'un matin Daru vint m'interrompre au milieu de mon travail pour me dire que, réflexion faite, il croyait indispensable un plébiscite immédiat Si le système nouveau

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