Archives du Sénat, carton
Le succès du plébiscite le rend aveugle et lyrique. « Maintenant le peuple me disait par plus de 7.000.000 de suffrages que je ne m'étais pas trompé en croyant mon œuvre bonne.... Supposons que j'aie été emporté alors par une fièvre, comme Gavour, j'eusse été célébré unanimement comme un des rares hommes d'État du xixe siècle, dont le dessein eût été accompli dans son intégralité, ni plus ni moins, et l'on m'eût ainsi donné comme la preuve de ce que peut une volonté 1 . »
M. Ollivier pose mal la question. Supposons qu'il ait alors disparu et que l'Empereur ait offert sa succession à Ernest Picard qu'il jugeait à tort susceptible de se rallier à l'Empire, ce n'est pas seulement pour des raisons de dignité personnelle que l'ancien ami d'Ollivier aurait refusé. Il aurait étudié les anciens et les nouveaux textes constitutionnels, les rapports que la jurisprudence et la pratique établissaient entre les ministres et le souverain, il aurait bientôt rendu le dossier. Si des ouvertures avaient été faites à Thiers que M. Ollivier soupçonne volontiers d'avoir été en coquetterie avec le souverain, Thiers aurait fait les mêmes objections. Il aurait aussi exigé que le directeur des affaires politiques lui ouvrît tous les dossiers du Quai d'Orsay et l'Empereur ses archives secrètes. La rupture eût été immédiate.
M. Ollivier s'abuse étrangement. C'est l'Empereur qui a réalisé son rêve de donner aux Français la liberté, sans renoncer au pouvoir personnel et aux possibilités de plébiscite. Après avoir supposé qu'il meurt en beauté, en plein triomphe, il ajoute : « Mais