‹ L'Incident HohenzollernChapitre 117 sur 159 · Id., ibid., XIV, vu · texte numérisé non relu

Id., ibid., XIV, vu

sont les choses, il dépend de tous de sauver la paix de l'Europe. D'après les termes du message, votre refus personnel d'accepter le trône d'Espagne est le seul moyen d'éviter la guerre. C'est à vous seul que l'Empereur désire que je parle, et la situation des parties engagées est en effet telle que je sens que je dois à S. M. le Roi de Prusse de ne pas m'adresser en cet instant à lui comme je l'aurais fait en toute autre occurrence *. » Le Roi des Relges insiste sur le caractère pressant du message de l'Empereur et sur le sentiment qui l'a engagé lui-même à se rendre au désir de Napoléon III. Le prince Antoine profite de la présence de sa fille Marie, mariée au comte de Flandre, pour envoyer au roi des Relges une réponse affirmative.

M. Emile Ollivier n'avait pas sous les yeux, quand il écrivait Y Empire libéral, la série des textes qui ont été publiés par Fester, puisque le recueil allemand est de 4913.

Il savait le 12 juillet 1870 au soir que l'Empereur avait mené une négociation occulte parallèlement à la négociation officielle.

Il savait que l'Empereur avait d'autres secrets. lien avait eu la preuve le 6 juillet au Conseil où l'on discuta la fameuse déclaration avec tant de passion, la question des alliances avec quelque dilettantisme. M. Ollivier tenait pour l'alliance russe, M. de Gramont, l'ancien ambassadeur à Vienne, l'ami de Reust, tenait pour l'Autriche. « L'Empereur se leva, marcha vers un bureau, ouvrit un tiroir, y prit les lettres de l'em-

1. Ce texte, comme la plupart de ceux qui ne sont pas suivis d'une justification bibliographique, se trouve dans le recueil de Fester.

pereur d'Autriche et du roi d'Italie de septembre 1869 et nous en donna lecture. L'Empereur ne nous expliqua point ce qui avait motivé ces lettres1. » Ces messieurs sontbien discrets, ils ne posentaucune question. Sans doute ils interprètent ces textes comme une promesse éventuelle de concours, sans savoir si les assurances données s'appliquent au cas particulier, ou si l'on a échangé les ratifications qui feraient seules de ces lettres un véritable traité d'alliance.

Si M. Emile Ollivier a vraiment la confiance de l'Empereur, que ne se risque-t-il à lui demander quelques explications? Son silence est inexplicable, car, s'il était respectueux dans ses rapports avec l'Empereur, son attitude n'a jamais été celle d'un courtisan, et l'on ne peut pas admettre davantage qu'en pareille matière il ait trouvé naturel, parce qu'il était devenu ministre, ce qu'il avait condamné à juste titre quand il était dans l'opposition.

C'est un des traits les plus fâcheux de son caractère que ce penchant de Napoléon III à tromper ses conseillers et à faire derrière leur dos une politique personnelle, quelquefois parallèle à celle des ministres, quelquefois contradictoire. Tout ce qu'on a pu dire de la double diplomatie de Louis XV, on peut le dire de celle de Napoléon III : les mêmes procédés qui ont si mal réussi au xvme siècle ont eu des effets plus tristes encore au xixe.

Ce qui aggravait encore la situation, c'est que l'Empereur était très indécis. Cet homme qui avait tout risqué le 2 décembre, quand il jouait son avenir sur

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