Léonardon, Prim, Paris, Alcan, 1901, p
l'Empereur, Salazar était à Munich, où de Werthern représentait maintenant la Prusse. Tous deux partent pour la Weinbourg où la famille du prince Antoine était réunie ; les deux visiteurs reçoivent le meilleur accueil; on refuse de prendre aucun engagement, mais Salazar repart satisfait le 20 septembre.
Il vient de voir les Hohenzollern pour la première fois et déjà il les connaît assez bien. Il sent à quelles difficultés les princes craignent de se heurter, à Paris et surtout à Berlin où le roi Guillaume se méfie du projet, « Je sais que le Prince craint beaucoup son parent. Il ne veut pas passer la place d'ambitieux {sic) et il désire qu'on lui force la main au lieu de montrer son désir lui-même H. »
Dès lors la négociation est nouée, elle va continuer non sans quelque mystère. Salazar se fait écrire sous double enveloppe, tantôt à Paris, sous le couvert du propriétaire de son hôtel, l'Hôtel du Helder, tantôt à Madrid, sous le nom du propriétaire de la maison qu'il habite. Il jette les bases de la brochure qu'il publiera en octobre à Madrid sous le titre Soluciones de la Question dinastica ; \\ y discute les candidatures possibles, et fait valoir les avantages que présenterait celle du prince Léopold, ses titres personnels, ses alliances de famille.
Ces intrigues n'échappaient pas aux diplomates français et ne leur agréaient en aucune manière. A Madrid, Mercier de Lostende ne cache pas à Silvela, qui lui en touche un mot, la mauvaise impression qu'on éprouverait en France si un prince allemand
i . Fester, 82, 20 septembre 1869.
s'installait à Madrid. M. Drouyn de Lhuys, qui était membre du Conseil privé, et qui, pour avoir quitté le quai d'Orsay en 1866, n'en suivait pas moins de très près toutes les complications extérieures, écrivait à Napoléon III, le 17 novembre 1869 : « J'ai l'honneur de placer sous les yeux de V. M. une lettre confidentielle et deux documents qui traitent des diverses
candidatures au trône d'Espagne L'Empereur
trouvera peut-être utile de se faire rendre compte de ces pièces1. »
Il y avait donc en France des hommes qui étaient au courant de l'intrigue, et certes, ce fut sans doute une raison pour Bismarck, quand il s'y intéressa, de la mener très secrètement. Cela, ce sont les contingences de la diplomatie secrète, qui était fort à la mode à cette époque. C'est à qui saura le mieux se cacher soi-même, dépister les autres et surprendre leurs trames.
Salazar et von Werthern sont les maîtres du genre. Von Werthern a la confiance du prince Antoine, qui accueille avec autant d'intérêt que de reconnaissance toutes communications sur l'affaire d'Espagne et qui envoie le prince Frédéric lui témoigner oralement l'expression de la reconnaissance et du dévouement de la famille. Von Werthern a aussi la confiance de Bismarck ; il correspond avec Salazar qui a celle de Prim.
Le 17 février Prim, écrit au prince Léopold, au roi
\ . Pester, 92.
de Prusse, à Bismarck. C'est Salazar qui porte les lettres. On se méfie de la poste, on évite les discussions prématurées aux Cortès, on ne dit rien aux ambassadeurs qui représentent l'Espagne à l'étranger. On aura bien assez de peine à décider le roi de Prusse, malgré les efforts du prince Antoine et ceux du prince royal Frédéric qui trompe dans cette intrigue son besoin d'activité et qui ne décourage pas son parent, tout en lui laissant voir les difficultés de l'entreprise. Le prince Antoine quitte sa résidence de Dusseldorf, il est reçu le 5 mars à la gare de Berlin par Bismarck qui lui fait connaître les conclusions du rapport qu'il a rédigé pour le Roi. Le 15 mars, un petit dîner d'hommes a lieu au château chez le Prince. Les convives sont avec le souverain et son fils et les deux Hohenzollern, père et fils, Bismarck, de Moltke, Roon, Schleinitz, Delbruck et Thile. Ce n'est pas le Roi qui reçoit et les journaux officiels ne souffleront pas mot de la réunion; mais c'est le Roi qui a désigné les convives ; le dîner est un dîner politique et un véritable conseil de la couronne. La discussion fut très vive. Parmi les raisons qui inclinaient le Roi au refus étaient les complications qui pourraient surgir dans les rapports de la Prusse et de la France à la suite de l'élévation d'un prince de Hohenzollern au trône d'Espagne. Bismarck et ses collègues partaient du point de vue opposé, et Delbruck, qui était assis à table à côté de Moltke, lui pose cette question : Mais enfin, si Napoléon prenait mal les choses, sommesnous prêts? A quoi le général répondit affirmativement. Le Roi ne se laisse pas ébranler, et, dans ces conditions, Léopold refuse son consentement.
Son père, de qui le siège est fait, appelle aussitôt à Berlin son troisième fils, le prince Frédéric, qu'il donnerait volontiers aux Espagnols, à défaut de Léopold. Le mois de mars et le mois d'avril se passent en discussions stériles mais le secret est toujours aussi bien gardé en Allemagne, et ce n'est qu'à Madrid, où l'on continue à chercher un Roi que l'on recommence, aux environs du mois de mai, à prononcer le nom de Hohenzollern.
Napoléon III, qui n'a manqué en cette affaire, ni de clairvoyance, ni d'informations, voudrait parer au danger, en faisant revivre la candidature du roi Ferdinand. Il écrit au roi de Portugal, Don Louis1, pour que le fils décide son père à sortir de sa retraite. Le courrier qui porta la lettre n'était autre que M. Adolphe Ollivier, frère de M. Emile Ollivier, qui faisait alors l'intérim des Affaires étrangères. M. Emile Ollivier venait de réussir le plébiscite, il avait en tête bien des soucis, on peut toutefois s'étonner qu'il n'ait plus pensé à l'affaire Hohenzollern avant le mois de juillet. M. de Beust était plus clairvoyant. « Dans un conflit qui éclaterait entre la France et la Prusse au sujet de la candidature Hohenzollern au trône d'Espagne, écrivait-il à Metternich le 28 mai, l'Autriche ne pourrait pas observer une attitude tiède avec la France, parce que les juges impartiaux ne pourraient, dans cette question, se prononcer que contre la Prusse. » Il serait bien intéressant de connaître l'usage que Metternich a fait de cette dépêche, s'il en a parlé à l'Empereur ou à M. de Gramont qui avait