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Le 12 mai

LES ORIGINES DE L'INCIDENT HOHENZOLLERN 3i

été appelé au quai d'Orsay le 15 mai, si l'Empereur et son ministre se sont entretenus de cette éventualité et à quelle conclusion ils sont arrivés.

Le mois de juin devait être décisif. Bismarck, qui avait été malade, comme par hasard, après l'échec des négociations de Berlin, allait mieux; il avait pu reparaître à Berlin, partir pour Ems, reprendre la correspondance chiffrée avec Salazar. En mars, le Conseil avait été qualifié de conférence de banquiers, et la candidature était un projet d'emprunt. En juin il s'agit de tuyaux à fabriquer. Salazar réclame l'envoi d'un monteur allemand, parce que les événements se précipitent et que les Cortès ont voté la loi relative à l'élection du roi. Bismarck envoie Bûcher.

Le moment est venu de transformer les négociations secrètes en négociations officielles. Le 11 juin, Prim prononce un grand discours aux Cortès. Il annonce que le roi de Portugal, le duc d'Aoste, le duc de Gênes ont refusé la couronne, mais il tient en réserve un quatrième candidat et il demande qu'on lui fasse confiance. « Une indiscrétion pourrait avoir des suites »; aussi bien le candidat est de race royale, catholique et majeur.

Le 12, un télégramme adressé par Salazar à Bismarck, pour annoncer son prochain départ et celui de Bûcher se croise avec un télégramme de Thile qui prévient que le fruit est mûr et qu'on emportera facilement l'adhésion du prince. Salazar et Bûcher partent le 13 pour Reichenhall où était le prince Léopold.

Le Journal des Débats du 17, la Gazette générale cTAugsbourg, la Gazette de la Croix du 17, la Gazette de Cologne du 18 impriment en toutes lettres le nom du candidat réservé par Prim in petto. Que Napoléon III ait lu les journaux avec soin ou qu'il soit en possession de renseignements particuliers, il est au courant. Il prie M. de Gramont d'écrire à Mercier à Madrid pour avoir des renseignements et il ajoute : « Il faudrait, si cela était vrai, faire savoir à Berlin et à Madrid combien cette combinaison nous déplairait ». Combien il est regrettable que Napoléon III n'ait pas saisi de la question le Conseil des Ministres ou qu'il n'ait pas essayé d'atteindre directement le prince Léopold, le prince Antoine, le roi de Prusse! Ce jour-là, une démarche adroite, amicale et pressante auprès du roi de Prusse eût éloigné la difficulté. Rien ne prouve à coup sûr qu'une autre n'aurait pas surgi à brève échéance entre la France et la Prusse. La suite du récit montrera que le 17 juin il était encore possible de prévenir l'incident Hohenzollern, et l'on voit que Paris avait des éléments d'information.

Hélas ! M. de Gramont se contente d'écrire une lettre assez molle à Mercier de Lostende qui répond le 23 juin par de longues considérations. Il se doute bien que des agents de Bismarck ont pu nouer en Espagne des négociations secrètes, mais il n'en est pas assez sûr pour l'affirmer. Il donne la même note le 24 et le 25 ; il ajoute seulement que Prim lui a parlé de son voyage à Vichy et de son espoir de s'entretenir avec l'Empereur à son passage à Paris. Le 1er juillet seulement, il télégraphie : « Canitz, — c'est l'ambas-

sadeur prussien à Madrid — a reçu l'ordre de rester à son poste ; sa femme est partie seule pour La Haye. » Il ajoute : « Je n'ai pas entendu dire un mot de la candidature Hohenzollern. » Il n'a pas écouté aux portes.

Le 20 juin, le roi Guillaume était arrivé à Ems avec Abeken ; le 20, il y avait reçu des lettres des princes Antoine et Léopold de Hohenzollern, qui lui demandaient formellement l'autorisation d'accepter la candidature. Le 21 juin, sur un rapport de Bûcher, il avait télégraphié au prince Antoine : « En dépit de mon sentiment personnel, je consens. Lettre suit4. » Abeken, Bûcher, sont les hommes de Bismarck. Ils savent parler au Roi. Mais si Guillaume Ier avait trouvé à Ems un message de Napoléon III ou de quelque souverain, confident de Napoléon III, qui lui eût demandé comme un service et pour sauvegarder la paix de ne pas donner son consentement, qu'aurait-il fait? Aurait-il sacrifié son sentiment personnel qui n'a jamais varié aux désirs de ses cousins ?

Et qu'eût valu alors le télégramme de Salazar qui avait su, dès le 49, que l'acceptation du prince Léopold n'était plus subordonnée qu'à l'autorisation du Roi, et qui avait télégraphié qu'il arriverait le 26 à Madrid? Malheureusement, Napoléon III n'avait pas agi personnellement et avait trop compté sur M. de Gramont. Le roi Guillaume avait donné son consentement.

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