‹ L'Incident HohenzollernChapitre 128 sur 159 · Mémoires du maréchal Randon, tome II, p · texte numérisé non relu

Mémoires du maréchal Randon, tome II, p

2. Malmesbury, Mémoires d'un ancien ministre, Paris, Ollendorff,

homme qui constate, après une longue séparation, une pénible déchéance.

Les impressions du prince de Metternich, qui représente l'Autriche à Paris depuis 1859 et qui n'a jamais perdu le contact avec Napoléon III, sont exactement les mêmes dès 1866. Il constate alors la pâleur, l'épuisement général de Napoléon III, un état de souffrance qui, au moment de Sadowa, s'aggravait avec les émotions et les embarras de la politique. L'Impératrice, qui assistait, à cette époque, aux délibérations des ministres, confiait à Metternich que les défaillances de l'Empereur ne lui permettaient plus de diriger le Conseil. Elle avait proposé a son mari d'abdiquer et de lui confier la régence *.

Il en était là en 1866. Sa santé n'était pas meilleure en 1870, puisqu'on avait appelé en consultation toute la Faculté ; les mêmes causes produisaient les mêmes effets, les mêmes douleurs physiques, les mêmes défaillances morales, les mêmes sursauts de volonté, qui semblaient dus à une griserie d'alcool, bientôt suivis du même marasme et des mêmes abattements.

Pour absorbés que fussent les ministres en juillet 1870 par la gestion de leur département et par la discussion de l'incident Hohenzollern, il n'est pas admissible que la gravité de l'état de l'Empereur leur ait absolument échappé.

D'après un récit fait à M. Grivart parle maréchal de

1. Archives de Vienne, Correspondance de Metternich en 1866, Lettres 41 et 41 B très secrète à Mensdorff. Je compte publier en entier cette lettre très curieuse que le professeur Wertheimer a signalée le premier et analysée dans un article de la Œsterreische Rundschau du 15 février 1920.

Mac-Mahon, qui le tenait de M. de Pienne, donc, d'après un récit de troisième main qui ne peut être accepté que sous bénéfice d'inventaire, l'Empereur se serait trouvé mal le 14 juillet 1870 au soir à Saint- Cloud pendant la réunion des Ministres, et c'est sous l'influence de l'Impératrice que l'on se serait prononcé pour la guerre. M. Ollivier a contesté l'exactitude de ce récit, dont il avait eu connaissance, lorsqu'il publiait en 1911 la Philosophie d'une guerre. « Si ceux qui n'assistaient pas au Conseil ont vu cette scène, je déclare qu'aucun de ceux qui y assistaient ne l'ont vue1 ». M. Ollivier dit formellement que l'Impératrice ne prononça pas une parole 2. Donc nous admettrons que la seconde partie du récit ne vaut pas, quoi que pense M. Welschinger3; mais la première concorde avec les récits que nous a faits le maréchal Canrobert d'un Conseil du mois de septembre 1869, elle concorde avec tout ce que nous savons de la santé de l'Empereur à cette époque. M. Ollivier cite lui-même des cas où Napoléon III a quitté la salle des délibérations, il n'est pas vraisemblable que Napoléon III et même d'autres personnes soient restés sans bouger aux Tuileries dans ce long Conseil du 14 qui, commencé à midi et demi, dura toute la journée. Il a pu se trouver mal à Saint-Cloud le 14 au soir. Comment les ministres ne se sont-ils pas inquiétés pendant ces suspensions effectives des séances de cet aspect maladif du souverain qui faisait impression sur tous les visiteurs, de ces accès de souffrance si difficilement

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