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Empire libéral, XIV, u, 8, note de la page

rapports, qu'on se rend compte, lorsqu'elles ont été rédigées par un diplomate habile, de la physionomie d'une négociation. Le télégramme que Benedetti expédia le 13 juillet à midi o minutes pour annoncer que le roi de Prusse repousse la demande de garanties a environ 190 mots; il en envoie dans la même journée trois autres qui sont plus courts. Mais le soir il rédige et fait partir une dépêche de plusieurs pages, c'est-à-dire un rapport très détaillé dont l'étude minutieuse aurait sollicité et fixé l'attention d'hommes désireux d'éviter la guerre. Les télégrammes indiquent un refus, la dépêche montre que l'accueil du roi est toujours resté gracieux, les relations courtoises, qu'il faut se tenir pour satisfait des résultats acquis, ne pas tendre la corde à l'excès, ne pas provoquer les justes susceptibilités d'autrui, quand on a satisfaction sur le point essentiel. Un homme aussi fin que M. de Talhouët, un homme de bonne volonté comme le duc d'Albuféra auraient pu être éclairés par un rapport comme celui-là et comprendre un état d'esprit dont il y avait lieu de tenir compte Les télégrammes indiquent des faits brutaux et concrets, le rapport nous introduit au cœur même de la négociation et nous met en contact avec les interlocuteurs. Il est bien regrettable que M. Ollivier n'ait pas communiqué les rapports à la Commission le lo juillet 1870.

Mais qu'en connaissait-il lui-même à cette date? Lorsque M. de Gramont lui communiquait la correspondance d'Ems, lui montrait-il la dépêche ou seulement le télégramme en Taccompaguant d'un commentaire oral? Lui communiquait-il les télégrammes ou les dépêches de Londres, de Florence, de Vienne, de

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Saint-Pétersbourg? Pour l'Angleterre, la conversation de lord Lyons pouvait suppléer aux textes, et M. Ollivier voyait fréquemment lord Lyons, mais il ne subissait pas assez son influence calmante. Pour l'Italie et pour l'Autriche il causait avec Metternich et Nigra, mais Metternich et Nigra étaient plus en confiance avec l'Empereur et avec l'Impératrice qu'avec M. de Gramont, et avec M. de Gramont qu'avec M. Ollivier.

Aussi bien n'était-il pas trop nerveux, trop affectif pour diriger ou pour surveiller une négociation? Il était capable de donner d'excellents conseils, il a souvent vu clair et discuté l'essentiel avec un ferme bon sens. Mais à d'autres moments il vibre comme une harpe éolienne, en patriote et en poète qui sent très vivement la première impression; — il n'a pas l'impassibilité de l'homme d'État.

Lorsqu'il trouve le 3 juillet, dans la nuit, le billet de Gramont qui lui annonce la candidature Hohenzollern, il est tout démonté. « En lisant cette lettre je fus plus ému que Gramont ne l'avait été en l'écrivant. J'éprouvai un violent mouvement de colère et de désespoir1. » Il en rappelle, il cherchera, le calme revenu, le moyen de déjouer l'intrigue et il aura d'excellentes inspirations, mais il y aura des retours de colère dont le récit, postérieur de tant d'années aux événements, porte les traces.

Que signifie cette assertion2? « L'agression étant manifeste, nous avions le droit, sans mot dire, de rappeler nos réserves, de les lancer à la frontière, et quand elles y seraient massées, de dénoncer

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