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par un parlementaire envoyé aux avant -postes, le commencement des hostilités. » Quelle frontière et quels avant-postes ? La frontière et les postes prussiens, puisqu'on n'était pas assez fou pour dire aux Espagnols : Le gouvernement français vous défend de prendre pour roi un Hohenzollern. Mais le gouvernement prussien aurait dénoncé et repoussé l'agression, et il aurait eu toute l'Europe pour lui. 11 y a des choses qu'on pense et qu'on dit entre soi, pour se détendre les nerfs et pour soulager son cœur. Un homme d'État non seulement ne les fait pas, mais ne les écrit pas. Quand il s'est tracé une ligne de conduite, il s'y tient; s'il est ardent parce qu'il aime son pays et souhaite les solutions rapides, il calcule cependant les délais nécessaires, et s'impose la patience que son devoir d'état est de recommander aux autres. Autrement on est la proie de ses nerfs et on devient le jouet des habiles.
M. Ollivier a été la proie de ses nerfs. Il est aussi la victime des effets oratoires, des succès de tribune qui ne dépassent pas toujours la durée d'une séance, et il risque des démarches qui déconcertent chez un homme qui s'est cru capable de diriger les affaires extérieures de la France.
Après la séance du 6 juillet, il demande à Metternich de venir le voir, et il lui tient des discours singuliers. « Nous en avons assez, lui dit-il, des humiliations que la Prusse veut nous imposer. Ce ne sont plus des Rouher ou des La Valette qui ont à diriger la politique de la France. C'est moi, un ministre du peuple, sortant du peuple, moi, un ministre responsable devant la nation, responsable de sa dignité et
devant couvrir l'Empereur, qui ai mené cette affaire avec la résolution patriotique que vous me connaissez... Nous avons décidé comme un seul homme qu'il fallait marcher, nous avons entraîné la Chambre, nous entraînerons la Nation '. »
Si M. Ollivier avait connu ce rapport deMetternich, il expliquerait sans doute qu'il voulait donner à l'ambassadeur de François-Joseph l'impression d'un ministre et d'un pays décidés à tout, et qui ont le droit de compter sur leurs amis, parce que leurs amis peuvent compter sur eux. Il donnait surtout l'impression d'un avocat qui parle trop et qui s'égare sur des hauteurs. Son interlocuteur, qui ne se payait pas de mots, essayait en vain de l'en faire descendre et le quittait en faisant des vœux pour le succès de ses hardiesses.
De cet entretien le lecteur tirera sans doute la conclusion que M. Ollivier était trop nerveux pour faire un ministre des Affaires étrangères et qu'il n'aura pas le droit, après l'événement, de rejeter sur l'opinion publique la responsabilité de la guerre.
M. Ollivier a été aussi le jouet des habiles. M. de Gramont a communiqué, sans doute, à M. Ollivier, contrairement à ses habitudes, la première dépêche deBenedetti, celle où il racontait sa première entrevue avec le roi Guillame, la prise de contact. Pouvait-on s'attendre à une satisfaction immédiate? Benedetti n'était pas chargé, que je sache, de remettre un ultimatum, mais de conduire une négociation et d'abord de l'engager. Son royal interlocuteur ne lui
1. Archives de Vienne. France, 1870. Rapport n° 37. Dépêche du 8 juillet.
a pas dit : « C'est entendu, je ferai tout ce qu'il vous plaira, j'interdirai tout ce que vous me demandez d'interdire, je suis à vos ordres », mais il ne l'a pas découragé, il n'a pas fermé la porte à la conversation, et c'est déjà beaucoup. M. Emile Ollivier écrit à Gramont dans la nuit du 9 au 10 juillet : « Mon cher ami, je convoque tous nos collègues chez vous aujourd'hui à deux heures. La dépèche deBenedetti est fort claire; elle confirme tous mes pressentiments et dès maintenant la guerre me paraît imposée : « Il n'y a plus qu'à s'y résoudre intrépidement et virilement l. »
C'est M. Ollivier qui publie et authentique luimême ce billet inédit; s'il venait d'une autre source, on croirait que quelqu'un a voulu montrer son peu d'aptitude à comprendre les détours inévitables d'une négociation diplomatique et une tendance, qui est généreuse à coup sûr, mais déplacée, à conclure d'une réponse dilatoire à un refus. On éprouve la même impression quand on lit le résumé d'une note que M. Ollivier laisse le 11 au soir, chez M. de Gramont, en prévision de l'arrivée de l'ambassadeur de Prusse à Paris. « Je lui recommandai de ne plus garder avec Werther les atténuations auxquelles Benedetti avait été obligé envers le Roi, d'insister sur le double caractère de menace et d'offense de la candidature et sur la réparation qui nous était due, de presser Werther et d'opposer aux finasseries déjà percées à jour des ripostes résolues, de le contraindre enfin à sortir de l'équivoque, à nous tirer de la période des arguties et à nous mettre en présence d'un oui ou d'un