Empire libéral, XIV, v, 4, p
non. Nous avions été assez joués ; il était temps d'en perdre l'habitude \. » M. Ollivier était aussi désireux qu'aucun Français de conserver la paix et plus porté qu'aucun d'eux à croire qu'il était possible d'établir de bonnes relations avec la Prusse, et c'est sur ce ton qu'il désire que la conversation soit menée par un ministre des Affaires étrangères, beaucoup moins enclin qu'il n'est lui-même à des rapports conciliants avec les Allemands du Nord. On entend bien que M. Ollivier avait peu de goût pour les diplomates de carrière, pour les vieux usages, pour les formules reçues. Prenait-il cependant son ministre des Affaires étrangères pour un président de cour ou de tribunal et M. de Werther pour un accusé, qui comparaîtrait entre deux gendarmes et à qui l'appareil de la justice pourrait arracher des aveux et des réponses catégoriques? La diplomatie ne sera-t-elle pas toujours une escrime délicate, l'art des sous-entendus, des demiteintes, des refus voilés, des acquiescements nuancés de réserves?
M. Ollivier a une excuse toute prête : nous étions de plus en plus débordés par l'opinion2. M. de Gramont écrit aussi à Benedetti (lettre particulière du 10 juillet) : « L'opinion publique s'enflamme et va nous devancer. » Des hommes d'État ne raisonnent pas ainsi ; sans examiner une fois de plus ce que vaut cette expression « l'opinion publique », on peut dire qu'il y a des cas où des ministres se doivent de la diriger. M. Ollivier ne s'en était pas privé, le jour de l'enterrement de Victor Noir et des manifes-