Id., ibid., p
tations en faveur de Rochefort. Était-ce pour une insulte au drapeau que l'opinion s'enflammait le 10 ou le 12 juillet 1870, ou pour des calembours, des plaisanteries sur le père Antoine colportés dans les salles de rédaction ou aux terrasses des cafés des boulevards, des jeux de mots lancés du balcon de sa loge à l'Opéra par Emile de Girardin1, virtuose de la presse à bon marché, des polémiques faciles, caméléon politique qui prend ses jeux de mots pour des idées et ses ambitions pour des opinions?
M. Ollivier est d'une sensibilité et d'une nervosité extrêmes. Circonstance aggravante, il ne s'en doute pas, tout au contraire : « A aucun moment, je ne
perdais possession de moi-même; j'agissais
comme si j'avais à résoudre un problème de géométrie ou d'algèbre, inaccessible aux influences, soit de la presse, soit de l'Empereur ou de l'Impératrice, soit de mes amis ou de mes ennemis. » Il s'est chargé de se réfuter et on aurait mauvaise grâce à insister.
Quelques traits achèveront de nous rendre l'état d'esprit de cet orateur né, sensible comme tous les grands artistes, à l'effet produit, à un mauvais procédé, à une incorrection de l'Impératrice, aux sourires et aux apartés du personnel de Saint-Cloud, à l'attitude des députés qui l'acclament, quand il lance des couplets de bravoure et qui « le saluent de loin ou passent à côté de lui, sans s'arrêter, d'un pas
1. A une représentation de l'Opéra, il s'était levé debout dans sa loge, demandant le Rhin allemand, de Musset. On lui avait répondu qu'on ne le savait pas. « Il est donc plus difficile à apprendre qu'à prendre », s'était-il écrié au milieu des bravos frénétiques de lu salle. {Emp. lib., XIV, m, 9.)
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pressé », quand il s'est laissé dicter une résolution par le bon sens et un patriotisme clairvoyant *. M. de Gramont, qui l'a trahi le 12 juillet, a volontairement ou non lancé le 13 au Corps législatif, dans une séance agitée, une interruption qui a été exploitée contre le ministère : « Je n'ai pas à m'occuper des bruits qui circulent dans les couloirs » ; M. Ollivier a dû laisser percer son mécontentement.
A la fin de l'après-midi, M. de Gramont, allant de nouveau tout seul chez l'Empereur, croit prudent de s'excuser. « Cher ami, je vais à Saint-Cloud... Figurezvous que je ne me console pas de ce mot de ma réplique de tantôt. Cela me navre de penser qu'on pourrait croire que j'ai voulu vous nuire C'est si loin de mon cœur et de ma pensée. Tout à vous. » Et voilà M. Ollivier qui, dans sa générosité, oublie le mauvais procédé, l'incorrection nouvelle que son collègue est en train de commettre en ne lui donnant pas connaissance des télégrammes qu'il va porter à l'Empereur et livrer peut-être aux commentaires des dames d'honneur de l'Impératrice, et il répond : « Cher ami, je suis heureux du mot de votre réplique, puisque cela me permet d'apprécier et d'aimer davantage votre cœur. Ne songez plus à cette misère. » Hélas ! Ce n'était pas une simple misère, et la générosité ne suffit pas pour trouver sa voie dans une crise comme celle que traversaient le ministère et la France. Il y fallait le sang-froid, la méthode, l'unité de vues, l'entente parfaite entre ceux qui devaient prendre les décisions, un ferme propos de se communiquer