Id., ibid., 11, p
C'est très possible, mais comme c'est étrange I On voit très bien Molière lisant ses pièces à sa Tieille servante pour se rendre compte de l'effet qu'elles produiront sur le public. On ne voit pas un homme d'État soumettant à sa famille, à ses frères, à sa femme, un document qui a été délibéré en conseil des ministres, en conseil de gouvernement. Quand il s'agit de la paix et de la guerre et de l'avenir d'un grand pays, on ne se préoccupe pas de la cadence des mots, de la justesse des métaphores, des impressions de la galerie, de l'opinion, on brave au besoin l'impopularité, on fait ce qu'on doit, quitte à succomber devant l'opinion, pour se relever devant l'histoire. M. Ollivier est un patriote, mais c'est aussi un artiste. Il ne veut pas qu'on le siffle. Et son Empereur est un indécis que troublent les ironies de l'Impératrice, les impatiences guerrières des belles dames et chez qui des douleurs lancinantes achèvent d'annihiler la volonté.
Deux ou trois heures après avoir pleuré d'émotion aux Tuileries, l'Empereur Girouette, comme l'appellerait M. Ollivier, s'il s'agissait d'un Allemand', lui dit à Saint-Cloud: « Réflexions faites, je trouve peu satisfaisante la Déclaration que nous avons arrêtée tantôt. — Je pense de même, Sire; si nous la portions à la Chambre, on jetterait de la boue sur nos voitures et on nous huerait2 ! » Et cela aussi est'possible, mais ce n'est pas un argument, et il y a des circonstances où le vrai courage consiste à se laisser huer. Pourquoi
1. Le ministre de Wurtemberg, Varnbuhler. {Emp. lib., XIV, iv, p. 155.)