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La France et la Prusse, cli. i, p

daturedu prince prussien. M. de Gramont oublie, par discrétion sans doute, en 1872, les lettres qu'il a échangées avec son ambassadeur. S'il avait daigné interroger son directeur politique, M. Desprez lui aurait signalé un discours prononcé aux Cortès le 11 juin par le maréchal Prim. Le maréchal annonçait qu'il tenait une candidature en réserve ; la Nouvelle Presse Libre de Vienne, la Gazette d'Augsbourg, Y Indépendance Belge, le Journal des Débats parlaient de cette candidature et nommaient en toutes lettres le prince de Hohenzollern. Dans une lettre écrite à Vienne le 6 juillet 1870, M. de Beust déplorait le coup de théâtre de la candidature Hohenzollern, mais ajoutait : « Il ne nous surprend d'ailleurs pas trop, car notre Légation à Madrid nous avait déjà prévenus de la candidature Hohenzollern '. »

A Paris comme à Vienne, un ministre des Affaires étrangères averti n'aurait pas été surpris par le coup de foudre du 3 juillet. M. de Gramont ne donne pas du tout l'impression d'un ministre averti. Sans doute il se défendrait en disant qu'il n'a voulu publier aucun document secret, qu'il connaissait à fond la correspondance de Mercier de Lostende et que l'ambassadeur à Madrid n'avait rien affirmé de précis. Mais les télégrammes et les articles de journaux sont à la portée de tout le monde, et M. de Gramont n'avait pas arrêté sa ligne de conduite, lorsque la nouvelle décisive arriva le 3 juillet. C'est en conseil que fut arrêté le texte de la déclaration claironnante qu'il lut aux Chambres le 6 juillet; elle n'a pas précisé-

1. Archives de Vienne. France. Rapports n° 37-63. Lettre particulière de Beust à Metternich.

ment le caractère d'an texte rédigé par un diplomate.

M. de Gramont en est ravi. Il compte facilement sur le hasard et suiTimpression que produiront ses phrases chauvines ; il en attend merveille et ne le cache pas à Metternich. L'ambassadeur, qui a une autre conception de la diplomatie, s'étonne et objecte : « Vous avez simplement sauté de pieds joints sur une occasion, vu le proverbe qu'une bonne occasion ne se retrouve plus.

« Vous avez pensé qu'il fallait la prendre aux cheveux pour obtenir un succès diplomatique dont vous croyez avoir besoin, ou pour faire la guerre sur un terrain qui ne puisse mettre contre vous l'esprit national allemand. — C'est parfaitement dit, et je ne demande pas mieux, répondit le Duc, que vous mettiez le chancelier daus la confidence de ce coup de dé * . »

Un coup de dé, voilà un de ces mots qu'on n'invente pas, lorsqu'on rapporte au jour le jour et que l'on sténographie pour ainsi dire les paroles de l'interlocuteur. « M. de Beust, ajoute M. de Gramont, doit être content de moi, il devait s'attendre à un coup de ma façon. »

Un coup de dé, voilà ce qu'un ministre, surpris par une candidature préparée de longue main, à Sigmaringen, à Berlin, à Madrid, a trouvé comme riposte diplomatique, et il s'engage allègrement sur la voie au bout de laquelle est la guerre.

Cependant les observations de Metternich, les réserves de quelques-uns de ses collègues, peut-être un éclair de bon sens de Napoléon III ont dû troubler

1. Archives de Vienne. Dépèche de Metternich du 8 juillet. salomoh 16

M. de Graraont et lui faire admettre qu'après avoir lancé un déû à la Prusse, le 6 juillet, il fallait prendre, ne fût-ce que pour la galerie, l'attitude de gens qui veulent négocier. Il y a consenti.

Aussi bien est-ce M. Ollivier qui paraît avoir eu l'idée, pour intéresser les cabinets européens au retrait jugé nécessaire par la France de la candidature, d'évoquer les précédents des mariages royaux ou de l'accession des princes étrangers à un trône nouvellement créé. Ce n'est pas non plus M. de Gramont qui, devant le refus formel de M. de Thile, chargé de gérer le ministère des Affaires étrangères à Berlin en l'absence de Bismarck, d'engager une conversation officielle ou officieuse sur une affaire que le gouvernement prussien voulait ignorer, paraît avoir eu l'idée ou du moins l'avoir eue tout seul d'envoyer à Ems M. Benedetti et d'engager la conversation avec le roi de Prusse.

En revanche, c'est lui qui rédige les instructions de M. Benedetti et il les rédige en homme qui est moins prêt à négocier qu'à envoyer un ultimatum. Il demande une intervention formelle du roi de Prusse pour obtenir du prince Léopold le retrait de sa candidature. « Il faut absolument, écrit-il le 7 juillet à Benedetti, que vous obteniez une réponse catégorique» ; à partir du 9 juillet la négociation se poursuit sur le ton le plus ferme, mais le plus courtois de la part du roi de Prusse qui ne désire pas le maintien de la candidature, mais qui, ayant autorisé le Prince à la poser, veut que le retrait vienne ou paraisse venir de lui, sur un ton de plus en plus élevé de la part de Benedetti, qu'aiguillonne M. de Gramont. M. Benedetti sent les inconvénients de ces procédés et s'excuse

de ne rien brusquer. M. de Gramont le presse de plus en plus, marchande les délais que demande le Roi, il écrit le 11 juillet cet étonnant télégramme : « Au point où nous en sommes, je ne dois pas tous laisser ignorer que votre langage ne répond plus, comme fermeté, à la position prise par le gouvernement de l'Empereur . » Lyonne n'eût pas parlé plus haut à l'époque où Louvois était secrétaire d'État à la guerre, où ïurenne et Condé commandaient les armées du Roi. Le malheureux Benedetti, harcelé par les télégrammes de son chef et par les dépêches qu'apportent les attachés de cabinet, accentue son langage, alors que le Roi reste sur ses positions mais fait entrevoir une solution favorable — et nous savons aujourd'hui qu'il était sincère. Le 12 la candidature était retirée et M. Benedetti avait le droit d'écrire le 25 novembre 1870 : « Ai-je réussi dans mes démarches ? Oui, assurément. J'avais, en effet, en quatre jours de négociations — il aurait pu ajouter : rendues difficiles par les impatiences et les exigences de mon ministre — et en ménageant toutes les susceptibilités, rempli le mandat dont j'avais été chargé. » « Il est absolument impossible d'admettre, écrit tranquillement M. de Gramont en 1872, que nous avions alors reçu de la Prusse la plus petite satisfaction, la plus petite concession'. Comment?La candidature est retirée et nous n'avons pas satisfaction. Non, nous dira M. de Gramont. « Le comte Benedetti avait, suivant ses instructions, demandé pendant trois jours au Roi d'inviter le prince de Hohenzollern

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