‹ L'Incident HohenzollernChapitre 145 sur 159 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

Id., ibid., p

la dépêche du Père Antoine et qui n'étaient ni diplomates ni chefs de service aux Affaires étrangères, ni ministres ? Cette impératrice à qui l'idée que la guerre était évitée donnait des attaques de nerfs et qui n'était, que je sache, ce 42 juillet 1870, ni membre du conseil des ministres, ni régente? Cet empereur qui était intervenu auprès du prince de Hohenzollern par l'intermédiaire du roi des Belges et qui avait obtenu satisfaction, mais chez qui les émotions mêmes de la journée, les criailleries de sa femme, les sottes manifestations de son entourage avaient pu réveiller les indispositions ordinaires, à moins qu'elles n'eussent provoqué une syncope et que quelque personnalité sans mandat lui eût arraché un ordre malheureux aussitôt recueilli par M. de Gramont ?

Toujours est-il que c'est lui et lui seul qui envoie à sept heures du soir la déplorable dépêche qui marque une étape nouvelle dans la négociation et recommence l'affaire terminée aux yeux du monde par la renonciation du prince de Hohenzollern. « Pour que cette renonciation du prince Antoine produise tout son effet, il paraît nécessaire que le roi de Prusse s'y associe et nous donne l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature. »

M. de Gramont a pris sur lui d'expédier cette dépêche et M. Ollivier n'en a eu connaissance qu'au bout de cinq heures et par hasard, alors que le titulaire des Affaires étrangères en avait déjà fait connaître le sens à M. de Cadore, ministre à Munich, et à M. de Saint- Vallier à Stuttgart. Sans doute on ne comprend pas que M. Ollivier ait continué de collaborer avec lui, mais cette faiblesse de l'un ou cette longanimité ne

justifie pas l'initiative de l'autre et n'atténue pas le mal qu'il a fait. Ni ses télégrammes du 13 juillet qui essaient de corriger l'effet produit, ni les explications qu'il donne dans son livre ne changent rien à la situation qu'il a créée le 12 au soir. Par son télégramme il a rendu la guerre inévitable et de ce télégramme il est seul responsable.

C'est parce que M. Benedetti a exécuté le 13 au matin sur la promenade d'Ëms les ordres de son ministre, — et ce n'est pas une fois, mais trois fois qu'on les lui a envoyés par le télégraphe — que le roi de Prusse lui a fermé sa porte et n'a plus communiqué avec lui que par l'intermédiaire de ses aides de camp. C'est la nouvelle exigence de M. de Gramont qui a précipité le Roi dans les bras de son chancelier; c'est parce que le Roi lui a fait adresser un rapport détaillé sur tous ces incidents que Bismarck a pu, en abrégeant le texte du porte-paroles de son maître, donner aune galerie plus malveillante que vraiment attentive l'impression que le Roi avait congédié l'ambassadeur de France sans aménité, et M. de Gramont est tombé naïvement dans le piège que lui tendait Bismarck sans vérifier les textes que certains agents se hâtaient sottement de lui faire parvenir.

Venant après coup au secours du collègue qui l'a trompé, qui l'a desservi et qui a, chose plus grave, desservi son pays, M. Ollivier rejette la responsabilité sur Benedetti: a Un ambassadeur n'est pas un téléphone1, il est plus encore un informateur, un conseiller astreinte une initiative éveillée. »M. Ollivier

empire libéral, XIV, xm, 1.

oublie-t-il la dépêche de onze heures trois quarts du soir qui fut, au dire de M. de Gramont lui-même, expédiée deux fois à une demi-heure de distance en termes à peu près identiques et qui confirme celle de sept heures, au nom de l'Empereur (Gramont, en. vi in fine) 1 Et le ton des dépêches précédentes n'annonçait-il pas celui de ces télégrammes funestes? Le téléphone n'existait pas en 1870, mais le télégraphe fonctionnait, M. de Gramont faisait circuler entre le Quai d'Orsay et la Ville de Bruxelles où M. Benedetti était descendu à Ems deux attachés de Cabinet, M. de Bourquency et M. Daru qui portaient les dépêches, il a réduit M. Benedetti au rôle d'intermédiaire, M. Benedetti l'a joué avec une correction parfaite et non sans finesse et sans intelligence. S'il n'y a pas lieu d'étudier à part les responsabilités de M. Benedetti, c'est qu'elles ressortent du récit même de la négociation et qu'à la vérité il n'en a pu assumer aucune. Tout ce que pourrait lui reprocher un esprit prévenu, c'est de n'avoir pas pris sur lui de ne pas faire état des télégrammes du 12 juillet à septheures du soir et de la nuit du 12 au 13, c'est de n'avoir pas pris sur lui, à ses risques et périls, de se déclarer satisfait de la renonciation du prince Léopold. Mais s'il l'avait fait, M. de Gramont l'aurait aussitôt brisé. Quand l'ancien ministre des Affaires étrangères distille doucement le venin à son intention au cours de son volume la France et la Prusse avant la guerre, il commet une mauvaise action. C'est à lui et non à M. Benedetti qu'il y a lieu d'imputer les négligences, les maladresses, les bévues, pour ne pas employer un terme plus cruel, de la négociation d'Ems.

M. Ollivier a beau venir au secours de M. de Gramont et rejeter sur M. Benedetti toutes les erreurs commises par un autre, parce qu'il se juge solidaire du collègue et non de l'ambassadeur, c'est bien M. de Gramont qui est responsable.

Ce n'est pas tout ; quand le gouvernement, qui n'a plus qu'une faute à commettre, s'y décide dans la nuit du \\ et dans la matinée du 15, et vient demander au Corps législatif le vote de crédits militaires qui équivalent en fait à une déclaration de guerre, M. Ollivier soutient d'abord le poids de la discussion et se prononce pour la guerre alors que son cœur saigne de ne pouvoir maintenir la paix. Il ne peut empêcher les orateurs de l'opposition de défendre la thèse contraire, celle du bon sens et de la vérité; Thiers demande la communication des dépêches diplomatiques et la preuve formelle de l'insulte faite à la France, dans la personne de son ambassadeur, par le roi de Prusse. « On ne discute pas ces énormités, écrira plus tard M. Ollivier, on les flétrit. » Gramont le fit d'un accent superbe de gentilhomme et d'homme de cœur qui électrisa l'assemblée1. Laissons M. Ollivier l'en féliciter, mais attribuons-lui la responsabilité qui lui appartient d'avoir pris pour une injure l'altération par abréviation d'un télégramme du roi de Prusse sans chercher à confondre le trop habile faussaire, Bismarck. Mieux eût valu être moins éloquent ce jour-là au Corps législatif, où M. Ollivier était assez bon avocat pour défendre une mauvaise cause, et s'appliquer dans son cabinet du quai d'Orsay à discerner ce qu'il j avait

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