‹ L'Incident HohenzollernChapitre 150 sur 159 · Dépêche du 11 juillet · texte numérisé non relu

Dépêche du 11 juillet

suivre aveuglément le gouvernement français, tant que celui-ci n'était pas lié à l'Autriche et à l'Italie par un traité formel, et les projets d'alliance n'ont jamais abouti, parce que la question romaine est restée la pierre d'achoppement. C'est ce que M. de Gramont n'a jamais voulu comprendre.

La seule excuse qu'il pourrait invoquer, c'est que le 12 et le 13 juillet 1870, Metternich, qui surestimait la puissance militaire de la France et qui ne voyait que dans un triomphe des armes autrichiennes le moyen de rendre à son Empereur son prestige compromis depuis 1866, n'a pas suffisamment insisté sur les conseils de prudence qu'il s'était chargé de transmettre. Ils eurent été sans doute inutiles, comme ceux de lord Lyons qui suppliait M. de Gramont de se contenter du retrait de la candidature Hohenzollern *. Mieux eût valu cependant que l'ambassadeur de François-Joseph fût aussi pressant que celui de la reine Victoria. Il l'a reconnu plus tard avec une franchise qui lui fait le plus grand honneur 2, et, sans se retrancher derrière cette excuse, qui ressort de toute sa correspondance, que si, dès le début de juillet, il avait des doutes sur les talents diplomatiques des ministres français, il les croyait au moins renseignés sur l'état des préparatifs militaires de la France, et à peu près sûrs de la victoire, puisqu'ils allaient délibérément à la guerre. Aussi bien est-ce la seule

1. Archives de Vienne. Lettre de Metternich du 27 juillet 1870.

2. Archives de Vienne. Lettre du 31 juillet, lhre Monita habe ich beherzigt und gestehe offen dan Ich besser gethan hàtte lhre télégramme ron 13 taB mitzutheilen, obgleich es von 24 Studen zu spàt kam.

faute qu'il ait commise dans ces jours mémorables où il était à la l'ois le représentant de son pays, le confident des souverains et des hommes d'État français, et quelquefois leur conseiller.

Dans ce débat tragique qui met aux prises avec des Espagnols rompus à toutes les intrigues, avec les oiseaux de proie de Sigmaiïngen, avec un Bismarck doué d'une habileté vraiment machiavélique et aussi ingénieux à dissimuler ses trames qu'aies ourdir, des novices de la politique sans prévoyance et sans réflexion, le prince Richard de Metternich donne l'impression d'un galant homme et d'un homme d'État clairvoyant, bon Autrichien, bon Européen, d'un sincère ami de la France, qui a essayé de la servir, tout en servant son pays.

« Quel cauchemar et quel avenir que cette omnipotence de Bismarck1 ! » écrivait-il un jour. Cette perspective faisait frémir ce représentant d'une vieille race autrichienne qui n'eût jamais supporté qu'un parvenu sans délicatesse et sans procédés qualifiât son empereur de glorieux second, qu'on pût songera faire de son Autriche, placée par la nature au croisement des grands chemins de l'Europe, au carrefour des races et des civilisations, un prolongement de l'Allemagne et une colonie d'exploitation pour la Prusse. Quand il pensait à l'avenir, il avait de sombres pressentiments ; il aurait voulu relever au plus tôt les vaincus de Sadowa, et c'est son patriotisme exalté

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