Dépèche du 8 juillet
salomon 17
saurait rester impassible à l'invasion d'une armée française sur le territoire allemand '.
Un observateur pénétrant, Rothan, remarque à Hambourg que le cabinet de Berlin a été surpris et que sa presse très disciplinée observe une certaine réserve. « Ces directions dont l'esprit est pour l'heure si conciliant seront- elles maintenues 2? » Un peu plus tard, il entend dire à ses amis que si, par malheur, un conflit venait à éclater avec la France, ils rempliraient patriotiquement leur devoir3.
A Berlin, le chargé d'affaires, M. Lesourd, est frappé aussi par le ton mesuré de la presse allemande qui souligne habilement l'attitude contraire de la France. Le ton des journaux de Paris, celui de M. de Gramont, l'arrivée de M. Benedetti à Ems, les fréquents entretiens avec le Roi inquiètent l'Allemagne. « On veut deviner chez nous une arrière-pensée, écrit Lesourd à Benedetti, et l'on se demande si nous regretterions très sincèrement une solution extrême *. »
Ainsi partout l'attitude de la France avait ému les esprits, le langage du ministre avait paru déplacé, les cabinets étrangers le lui avaient indiqué, ses agents n'avaient pas osé le lui dissimuler. Il était averti, il aurait pu être inquiet, angoissé même. Cependant il a gain de cause le 12 juillet, la candidature est retirée, et c'est alors qu'il lance sa dépêche à Benedetti. Il est responsable, il est coupable, et avec des circonstances aggravantes .