Dépêche du 6 juillet
glisser la lettre dans la valise de l'ambassadeur. C'est un procédé qui pouvait réussir, si l'on faisait appel à l'esprit chevaleresque et aux dispositions que l'on pouvait, au moins par politesse, supposer pacifiques du souverain. Il eût été sensible à des procédés discrets, à des reproches contenus.
Mais M. de Gramont, tout à ses impressions premières, en fait part à toute l'Europe. Dans une note qu'il fait rédiger, le 14 juillet, pour bien établir l'état de la question, il dit ou fait dire : « Le 5, nous nous adressons à tous les Cabinets pour leur dénoncer le préjudice que nous causerait, au point de vue de notre dignité, comme de nos intérêts, la présence d'un prince prussien sur le trône d'Espagne »,, et M. Ollivier, le o, au soir, à sa réception officielle, prend à part lord Lyons, ambassadeur anglais à Paris, pour lui exprimer « nos sentiments avec un abandon inspiré par la confiance ' ». Le 5, au matin, l'Empereur avait conféré à Saint-Cloud avec M. de Gramont et M. Ollivier, et c'est dans ce conseil à trois que l'on avait décidé de prendre une attitude résolue, et de préparer une déclaration qui serait discutée le lendemain au Conseil des ministres. M. de Gramont avait pris bien des résolutions et grandement engagé sa responsabilité, ce qui est peu — et celle de la France — ce qui est beaucoup, avant de consulter ses collègues et même de les renseigner. Il est heureux qu'un texte constitutionnel nous apprenne qu'ils sont responsables ; on ne s'en douterait guère, à voir comment on oublie, pendant trois jours, de les mettre au courant.