‹ L'Incident HohenzollernChapitre 25 sur 159 · Emp. lib., XIV, i, S, in fine · texte numérisé non relu

Emp. lib., XIV, i, S, in fine

peu plus près la correspondance de Madrid, et à défaut des dépêches peu nourries de l'ambassadeur, les nouvelles des journaux et des agences. C'est sans doute M. Ollivier, avocat et juriste, qui l'a proposé en homme qui a autrefois étudié de près les affaires de ses clients et qui l'a imposé à M. de Gramont. Il ne nous dit malheureusement pas avec précision à quelle date eut lieu cette étude : on peut inférer de son texte que c'est le 4 ; mais, s'il en était ainsi, il aurait suffi de deux jours pour oublier cette étude historique et juridique et pour tirer le 6 un pétard dont on s'aperçoit, après coup, qu'il a dépassé leffet attendu. C'est étrange.

La dépêche de M. de La Valette qui a été citée tout à l'heure et qui confirmait ses communications télégraphiques et les démarches de lord Lyons, est arrivée au quai d'Orsay le 9 juillet ; on ne l'envoie que le 12 à la Direction politique. Or, le 9, mais le 9 seulement, M. de Gramont expédiait à tous les agents diplomatiques, qui représentaient la France à l'étranger, des instructions très claires et très probantes, qui les invitent, à propos de la candidature, à faire état des précédents et à établir ainsi sur des bases solides, les prétentions de leur gouvernement. N'est-ce point par là qu'on eût commencé sous ces régimes abolis dont on reprenait un peu tard les procédés de travail et de discussion, et où, le plus souvent, sous la présidence du chef de l'État, le ministre compétent exposait devant tous ses collègues les différents aspects d'une question difficile et prenait à temps, de concert avec eux, les résolutions nécessaires? M. de Gramont a sans doute fait mettre au point par ses bureaux, sur

le thème recommandé par M. Ollivier, la circulaire qu'il a ensuite signée ; c'est à la rédaction du document tapageur du 6 qu'il avait associé ses collègues avec ou sans leur assentiment. Il a lancé le 9 le document dont M. Ollivier place la première rédaction au 4; il a fini par où il aurait dû commencer.

Aussi bien à ce moment, des négociations étaientelles engagées directement par la France, ou indirectement par les neutres à Madrid, à Berlin et à Sigmaringen, et, comme le Cabinet de Berlin continuait à se désintéresser officiellement de l'affaire, le gouvernement français décidait d'interrompre le congé de M. Benedetti et de l'envoyer à Ems pour entrer directement en pourparlers avec le roi de Prusse. L'idée n'était pas mauvaise, à condition que l'on fût décidé à user envers le Roi de tous les ménagements nécessaires, de s'adresser à l'homme et au souverain chevaleresque, plutôt qu'au chef d'État obligé de jouer un rôle et de défendre une politique, et peut-être eût-ce été encore une fois le cas, pour Napoléon III, d'écrire une lettre à son bon frère, le roi de Prusse, ou de la faire écrire par un autre souverain, s'il craignait de s'humilier en l'écrivant lui-même. En un mot, il eût convenu de discuter avec prudence et d'éviter tout ce qui pouvait ressembler à un ultimatum.

Est-ce là ce qu'a fait M. de Gramont? Ouvrons les instructions adressées le 7 juillet 1870 à M. Benedetti.

M. de Gramont les envoie par M. de Bourqueney, qui apporte aussi un chiffre pour la correspondance;

des attachés de Cabinet porteront les dépêches de Paris à Ems et d'Ems à Paris. Ainsi le Ministre dirigera la négociation.

Sa dépêche du 7 qui expose la question avec netteté est irréprochable: « si le chef de la famille des Hohenzollern a été jusqu'ici indifférent à cette affaire, nous lui demandons de ne plus l'être et nous le prions d'intervenir, sinon par ses ordres, au moins par ses conseils auprès du prince Léopold. . . Quant à nous, M. le Comte, nous verrions surtout, dans lintervention du roi Guillaume pour mettre obstacle à la réalisation de son projet, les services qu'elle rendrait à la cause de la paix et le gage de l'affermissement de nos bons rapports avec la Prusse... Efforcez-vous d'obtenir que S. M. conseille au prince de Hohenzollern de revenir sur son acceptation. » Voilà le langage d'un diplomate. Malheureusement, à la dépêche est jointe une lettre particulière où le duc, impérieux et hautain, écrit : « Il faut absolument que vous obteniez une réponse catégorique suivie de ses conséquences naturelles. Or, voici la seule qui puisse nous satisfaire et empêcher la guerre. Le gouvernement du Roi n'approuve pas l'acceptation du prince de Hohenzollern et lui donne V ordre de revenir sur cette détermination prise sans sa permission » ; et, pour que M. Benedetti n'en ignore pas, après avoir commenté son ultimatum, M. de Gramont ajoute : « Sinon c'est la guerre! » Il écrira en 1872 : « Rien n'était plus loin de la pensée du gouvernement que d'entraîner le pays à la guerre4. » On com-

Page 1