‹ L'Incident HohenzollernChapitre 26 sur 159 · La France et la Prusse avant la guerre, p · texte numérisé non relu

La France et la Prusse avant la guerre, p

prend mal ou l'on comprend trop. Les assertions de 1872, après la défaite, ne sont pas en désaccord avec les instructions officielles données au négociateur en juillet 1870, elles contredisent les indications de la lettre particulière. En général, les instructions secrètes livrent la pensée intime du ministre et de l'ambassadeur; on eût compris, dans la circonstance, que M. de Gramont demandât davantage dans les instructions officielles, dont son représentant pouvait montrer le texte ou indiquer le sens au Roi, mais lui eût indiqué dans une lettre privée les concessions qu'il était autorisé à faire, et le minimum dont se contenterait le gouvernement français. M. de Gramont fait le contraire. La dépêche officielle est raisonnable et modérée; la lettre privée est violente. Aurait-il été décidé à mener la négociation crescendo, à enfler la voix si le Roi était conciliant, ou voulait-il embarrasser M. Renedetti? Nous n'avons pas ici des instructions qui se complètent, mais qui se contredisent. M de Gramont aurait donc deux opinions à lui tout seul et mènerait deux négociations parallèles. C'est bien possible et très conforme aux habitudes de l'époque. L'Empereur le chargeait de télégraphier à Renedetti l'interdiction formelle de s'adresser au prince de Hohenzollern, alors qu'il cherchait à l'atteindre par d'autres voies.

Cependant M. Renedetti, arrivé à Ems le 8 au soir, était informé qu'il serait reçu par le Roi le lendemain, à la fin de l'après-midi seulement, mais qu'il serait

retenu à dîner. On débute bien. Avant l'audience, M. Benedetti a vu Werther et a expliqué à son collègue prussien l'objet de sa mission. Werther a répliqué que S. M. ayant autorisé le prince à poser sa candidature, il lui est maintenant difficile, sinon impossible de l'inviter à y renoncer. C'est une difficulté, mais on peut tourner une difficulté, on peut discuter et s'entendre.

Sur l'ensemble, le Roi ne dit rien de plus que Werther1. Il est intervenu, non comme souverain — il a refusé dé recevoir un envoyé du Cabinet espagnol — , mais comme chef de famille. Il ajoute qu'il s'est mis en communication avec le prince Léopold et son père, et que, s'ils sont disposés à retirer leur acceptation, il approuvera leur réponse. Il est courtois, conciliant, l'interlocuteur croit à sa sincérité. S'il formule quelques réserves, c'est moins pour se mettre à couvert contre un démenti possible des événements que pour ne pas déplaire à M. de Gramont. Dans une lettre particulière qu'il fait porter à la poste, à la frontière, il ne peut pas cacher à son chef que le Roi s'est plaint, en termes mesurés, de la fin de la déclaration ministérielle du 6 qui est presque une provocation.

Le roi de Prusse s'était avancé, aussi loin que le lui permettait sa dignité, en disant que si les princes étaient disposés à retirer leur acceptation, il approuverait leur réponse. C'est ce que M. de Gramont qualifie de « malheureux début2 ». Il ne sera satisfait

1. Voir le télégramme de Benedetti du 9 juillet, six h. du soir, sa dépèche du 9, et sa lettre particulière.

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