‹ L'Incident HohenzollernChapitre 28 sur 159 · ld., ibid.,p · texte numérisé non relu

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primait avec une extrême vivacité dans le sens contraire, il estime que la reculade prussienne, à laquelle il croit plus que moi, serait une satisfaction dont il faudrait se contenter. »

Ce texte n'est pas un commentaire et une apologie rédigés plus de vingt -deux ans après l'événement : c'est un rapport à Napoléon III d'où il ressort qu'on avait des raisons, le H juillet, à six heures du soir, d'escompter le retrait de la candidature; M. Ollivier en veine d'expansion le qualifie de reculade.

M. de Gramontnous confie que « l'opinion publique s'irritait à vue d'œil ». Il avait télégraphié, le 10 juillet, à Benedetti : « L'opinion publique s'enflamme et va nous devancer. » Les manifestations de ses amis de la Droite, qu'il ne paraît avoir ni combattues, ni découragées, agissaient d'une façon extraordinaire sur ce ministre qui avait jusqu'alors beaucoup plus vécu dans les ambassades et dans les cours que dans les couloirs des assemblées politiques ou dans la rue. Une explosion de murmures et d'interpellations a pour lui une extrême importance ; les télégrammes si clairs de Benedetti lui apprennent « que la question n'a fait aucun progrès ». Comment les a-t-il lus? De quels yeux prévenus? Ou avec quelles clameurs de ses amis de la Droite dans ses oreilles ?

Et qu'importe, s'il ne doit pas se réjouir d'apprendre que le Roi approuvera la résolution de Léopold de Hohenzollern de retirer sa candidature, que les télégrammes de Benedetti soient bien arrivés, comme le prétend M. de Gramont, quelques instants après l'expédition de son propre message du H juillet, 6 h. 50

du soir ' ? « Au point où nous en sommes, je ne dois pas vous laisser ignorer que votre langage ne répond plus, comme fermeté, à la position prise par le gouvernement de l'Empereur, il faut aujourd'hui l'accentuer davantage. »

Est-ce M. de Gramont qui parle au nom de Napoléon III ou M. de Lyonne au nom du grand Roi, servi par M. le Prince et par M. de Turenne?

A ce langage impérieux, le malheureux ambassadeur répond le 12 : « J'avais pressenti vos ordres et m'y suis conformé d'avance. » Il sait ce qu'il peut attendre et craindre de son irascible chef, mais il n'oublie pas son rôle de négociateur, et il écrit très raisonnablement à la fin de sa lettre : « Si en arrivant à Ems, j'avais en quelque sorte posé un ultimatum au Roi, j'aurais fait croire à Sa Majesté que nous voulions la guerre à tout prix. » Il avait négocié, il n'avait pas obtenu que Guillaume Ier reniât la distinction qu'il avait établie entre la position de roi de Prusse qui veut rester étranger à l'incident Hohenzollern, et son rôle de chef de famille, qui connaît comme tel, et comme tel seulement, les ambitions et les projets de ses parents. Il n'avait pas insisté sur des modalités qui permettaient à Guillaume de céder en sauvant la face. On lui avait presque annoncé le retrait de la candidature, et c'était un succès si le roi de Prusse était sincère.

1. M. de Gramont ergote. (La France et la Prusse, p. 90 et 91, et note de la page 90) sur les heures d'expéditiou et d'armée. Le fond reste !e même.

Il ne l'avait jamais été davantage. Il était arrivé très fatigué à Ems, il était accablé par la chaleur et n'avait pas la force de se promener à pied. La divulgation prématurée de la candidature du prince Léopold n'était pas seulement pour lui un contretemps politique et la preuve qu'il avait eu vraiment raison de s'y opposer ; c'étaient des vacances gâtées, et, au lieu de voisiner avec la Reine, de faire tranquillement sa cure, c'étaient des préoccupations fâcheuses qui l'obsédaient, des échanges de dépêches, quelquefois trois ou quatre par heure1, des audiences à donner. Il fallait recevoir Werther, l'écouter, lui tracer une ligne de conduite. Bismarck lui recommande d'envisager la situation le plus froidement possible2, et c'est bien à quoi s'efforce Guillaume Ier, qui est l'homme du devoir; mais à la Reine il ne cache pas qu'il est excédé, d'autant plus qu'il a des nouvelles de Paris, de Berlin, de Bruxelles, mais du cousin — du prince Antoine — pas un mot 3. Il lui écrit au cousin, il lui fait écrire par Abeken. Il lui parle de l'émotion ressentie à Paris, il ne lui cache pas qu'il regrette que l'on n'ait pas pressenti l'opinion de Napoléon III avant de s'engager dans cette aventure ; il laisse d'ailleurs aux Altesses Royales le soin d'examiner dans quelle mesure on pourrait agir à Paris sur l'opinion et

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