La France et la Prusse, p
français avait rétabli ses affaires. L'intervention des cours étrangères, toutes animées par un vif désir de prévenir le conflit, même quand elles n'approuvent pas l'attitude ou le ton de M. de Gramont, le volteface des Espagnols qui se sont aperçus que le prince Léopold serait un embarras de plus dans une situation troublée, la volonté du roi Guillaume ont coupé court à ses intrigues. Il est battu, et il n'est pas content.
« Le Noble Gid, écrit-il, eût demandé compte à la France de son intervention. » « Le Roi ne s'était pas soustrait dès l'abord aux influences de Benedetti. S'il ne l'avait pas fait, c'est qu'il subissait surtout l'influence que la Reine exerçait sur lui de Coblence, où elle se trouvait dans le voisinage d'Ems *. » Bismarck exagère peut-être un peu l'influence de la Reine. Si elle a été toujours hostile à la politique du Chancelier, le Roi a obéi dans la circonstance à des répugnances personnelles, il a fixé sa position dès le début, il l'a conservée jusqu'à l'issue qu'il a préparée et désirée, et il ne s'est pas départi de cette dignité dont Bismarck reconnaît qu'il avait le sentiment à un si haut degré. Mais il n'a pas varié non plus dans son opinion sur l'affaire d'Espagne, et il est heureux qu'elle ait échoué. Bismarck le sent si bien qu'après avoir pris la résolution d'aller à Ems, il y renonce. « En entrant dans la cour de mon hôtel à Berlin, je reçus des télégrammes avant d'être descendu de ma voiture... Ma première pensée fut de donner ma démission. » Et cela aussi était un succès pour la
1. Pensées et Souveni7's, trad. Jaeglé, Paris et Londres, p. 93, p. 103.
France. Il menace le Roi de se retirer si celui-ci reçoit encore Benedetti.
Au temps où Ton citait du latin, un narrateur fidèle aurait dit ici :
Qiios vult perdere Jupiter dementat.
Disons plus simplement que M. de Gramont qui avait parfois vu clair depuis le 3 juillet et fait adroitement face aux difficultés, ne sut pas apprécier et porter son bonheur.
Au milieu de l'après-midi, il était en train de causer avec M. de Werther, arrivé le matin à Paris, lorsque M. Olozaga lui fit demander d'être reçu d'urgence pour lui communiquer la réponse du prince Antoine. M. Olozaga se félicitait de cette solution , ; l'Empereur était content, M. Ollivier ne l'était pas moins ; M. de Gramont, lui, « ne pouvait se dissimuler que le désistement en se produisant sous cette forme, loin d'avancer nos affaires, les compliquait au contraire de la façon la plus grave 2 ». N'est-ce pas Bridoison qui parle quelque part avec quelque irrespect de la forme ? Encore, devant un tribunal, ne peut-elle que retarder l'issue d'un procès ; un diplomate formaliste peut faire couler le sang des hommes et changer le destin des nations.
Ecoutez celui-ci : « Pas un mot de la France, pas un