Emp. lib., XIV, m, 2, p
2. Revue d'Histoire moderne et contemporaine, tomes XIII et XIV, 1910.
pas loin de penser que M. Ollivier aurait approuvé ce plan, puisqu'il s'associa au quai d'Orsay à l'étrange proposition déjà faite avant son entrée dans le cabinet de M. de Gramont, d'une lettre à écrire par le roi de Prusse et dont le duc avait même esquissé le brouillon.
C'est admettre que M. Ollivier aurait connu toute la situation diplomatique dont il ne s'est fait une idée un peu nette que vingt-cinq ou trente ans plus tard, quand il écrivait les derniers volumes de YEmpire libéral.
Le 12 juillet 1870, il a vu les uns et les autres, il a connu des émotions diverses. Il est allé aux Tuileries, à la Chancellerie, au quai d'Orsay — deux fois — , au Palais-Bourbon, il a vu deux fois l'ambassadeur d'Espagne. Il n'a pas étudié les dossiers qu'on ne lui ouvrait pas. Qu'a-t-il appris au Conseil le matin? On ne sait pas au juste Que s'est-il passé entre M. de Gramont et lui après le départ de M. de Werther? On sait seulement qu'ils se séparèrent en prenant rendezvous pour le lendemain au Conseil.
Gramont partit pour aller au rapport à Saint-Cloud. Il a été reçu par l'Empereur. Mais qui était auprès de Napoléon III? Il n'y avait ni Le Bœuf, ni Chevandier deValdrôme, niSegris, ni M. Ollivier, aucun ministre. Au retour à Paris, à sept heures du soir, M. de Gramont expédiait à Benedetti le télégramme suivant : « Nous avons reçu des mains de l'ambassadeur d'Espagne la renonciation du prince Antoine, au nom de
son fils Léopold, à sa candidature au troue d'Espagne. Pour que cette renonciation du prince Antoine produise tout son effet; il paraît nécessaire que le roi de Prusse s'y associe et nous donne l'assurance qu'il n'autoriserait pas de nouveau cette candidature.
« Veuillez vous rendre immédiatement auprès du Roi pour lui demander cette déclaration qu'il ne saurait refuser, s'il n'est véritablement animé d'aucune arrière-pensée. »
Si quelque apprenti diplomate avait rédigé et signé la première partie de ce télégramme, on dirait : ce jeune homme manque d'expérience, il est impatient, il oublie l'essentiel qui est acquis, pour s'attacher à des contingences. Mais il y a un second paragraphe, et c'est un diplomate très chevronné qui tient la plume, un chef autoritaire qui ordonne : Veuillez vous rendre immédiatement auprès du Roi. Cette dépêche a tout perdu. L'affaire Hohenzollern est terminée. L'affaire des garanties commence.
Quel philtre a-t-on fait absorber à Saint-Cloud à M. de Gramont et à Napoléon III lui-même dans cette fin d'après-midi du 12 juillet 1870? Quelles sont les influences mystérieuses et déplorables qui ont pesé sur le souverain et sur le ministre? Y avait-il dans ce vieux château quelque sorcier acharné à la perte de l'Empereur et de la France?
En prenant la décision qui mettait fin à la difficulté par le retrait de la candidature de son fils, le prince Antoine n'avait pas cru seulement déférer aux vœux du roi de Prusse que le colonel Strantz lui avait formellement exprimés, mais qu'il pouvait très bien deviner depuis le début. Il avait conscience de se
rendre aussi à un désir de Napoléon III, que l'Empereur des Français avait jugé à propos de lui faire connaître par un intermédiaire sûr, en lui faisant savoir qu'il dépendait d,e sa décision de maintenir la paii. En se résignant au sacrifice d'un projet longuement mûri, sacrifice qu'il annonçait à Ems par un télégramme et que sa fille, la comtesse de Flandre, communiquait de son côté à Bruxelles pour que la nouvelle en fût transmise à Paris, le prince Antoine se targuait d'avoir joué un rôle et d'avoir fait de cette journée du 12 juillet, une journée importante et significative ' .
On voudrait savoir si une ou plusieurs personnes assistaient à l'audience que Napoléon III accorda entre cinq et six heures à M. de Gramont et quelles étaient ces personnes. On l'ignore, mais on peut affirmer qu'aucune d'elles n'avait aucune qualité officielle pour parler au nom de la France. Si M. de Gramont était seul avec l'Empereur, on se demande si ce n'est pas dans une crise d'amnésie ou sous l'effet de quelque soporifique absorbé pour calmer de violentes douleurs que le souverain aurait oublié les assurances et le mot d'ordre pacifiques de l'après-midi, jusqu'à décider ou simplement autoriser la singulière et irréparable démarche du ministre des Affaires étrangères.
Dans la soirée, Napoléon III, faisant allusion aux conversations de l'après-midi qui, sous la plume du ministre des Affaires étrangères, deviennent des « débats », lui écrit pour le prier d'accentuer en les précisant, les termes du télégramme qu'il a dû