Emp. lib., XIV, vm, 4, p
présence de Mme Emile Ollivier qui accompagnait son mari? M. Ollivier était un méridional, un passionné ; M. de Gramont avait trahi sa confiance, il avait gâché la situation, il précipitait la France dans la guerre. M. Ollivier qui est un homme du monde « domina son sentiment1 ». Cependant, il y avait de quoi justifier une explosion de rudes paroles et Ton n'aurait pas songé à lui en vouloir s'il avait dit durement son fait à l'artisan de la catastrophe. « Quelque haut qu'on ait placé son âme, au-dessus des susceptibilités vulgaires, écrit en style académique M. Ollivier vieilli, il est impossible de ne pas ressentir certains procédés. Être demeuré d'accord avec l'Empereur, à trois heures, qu'aucune détermination ne serait prise avant le lendemain au Conseil, et apprendre après 11 heures du soir, par hasard, qu'une détermination grave a été adoptée, mise à exécution, sans qu'on ait été consulté, ni prévenu* », c'était terrible.
Un Casimir Périer n'eût pas hésité ; il eût rompu et brutalement avec M. de Gramont. Il eût au moins mis son collègue et le souverain lui-même aux prises avec la Chambre et avec le pays. Mais M. Ollivier s'étaitprêté au déchaînement des passions belliqueuses et il ne se sentait plus capable de les dominer seul. Il avait accepté une conception hybride qui partageait la direction de la politique étrangère entre l'Empereur et ses ministres : M. de Gramont s'abritait derrière l'autorité de Napoléon III et M. Ollivier était dans un cruel embarras.
L'arrivée du message impérial arrêta les explica-
i. Emp. lib., XIV, vm, 4, p. 269.