Emp. lib., XIV, vm, 3, p
majorité suit M. de Gramont et ajourne le débat au vendredi 15. Quelques ministres confèrent avec Thiers, qui les adjure, dans un salon du Palais-Bourbon, de ne pas se laisser entraîner à la guerre, tandis que leur collègue des Affaires étrangères va recevoir lordLyons au Quai d'Orsay. Ahuitheuresdusoir, M. de Gramont télégraphie à Benedetti : « Faites un dernier effort auprès du Roi ; dites-lui que nous nous bornons à lui demander de défendre au prince de Hohenzollern de revenir sur sa renonciation. Qu'il vous dise : je le lui défendrai, et vous autorise à me l'écrire, ou qu'il charge son ministre ou son ambassadeur de me le faire savoir, cela nous suffira... La parole seule du Roi peut constituer, pour l'avenir, une garantie suffisante. J'ai lieu de croire que les autres cabinets d'Europe nous trouvent justes et modérés. »
L'Empereur Alexandre nous appuie chaleureusement.
On verra plus loin si M. de Gramont avait le droit d'interpréter ainsi l'attitude des gouvernements étrangers. Il allait de l'avant. Il prévenait M. Ollivier de son départ pour Saint-Cloud, mais sans lui communiquer le texte des télégrammes d'Ems qu'il portait à l'Empereur. Il en revenait avec une invitation pour tous les ministres à dîner à Saint-Cloud, le 44, à sept heures du soir, on tiendrait un Conseil dans la soirée. Il en avise M. Ollivier par un billet cavalier. « L'indécision est grande, d'abord la guerre, puis le
doute1. » M. Ollivier, qui avait reçu de nouvelles assurances de M. Olozaga, était beaucoup plus confiant et disait à M. Robert Mitchell à la fin de la journée : « Maintenant, c'est véritablement fini2. »
Vraiment, M. de Gramont et M. Ollivier faisaient preuve l'un et l'autre de beaucoup d'ingénuité. Ils peuvent discuter, négocier, palabrer le 13 ; ils ont jeté les dés le 12 avec la fameuse note ad memoriatn et le télégramme impératif de sept heures du soir. On sait comment Guillaume Ier avait réagi. Et le Roi n'était pas seul, il y avait Bismarck, et Bismarck télégraphiait de Berlin : « Si le Roi recevait maintenant Benedetti, je considérerais cette démarche comme l'acceptation de ma démission et je repartirais pour Varzin 3. » Et le Roi n'avait plus reçu M. Benedetti.
La renonciation du prince de Hohenzollern avait été pour la France — pour emprunter son expression à Thiers — un immense avantage ; M. Guizot avait pu dire des ministres * : « Ces gens-là ont un bonheur insolent. » Avantage et bonheur tournaient au désastre.
Le 13, à 7 h. 3/4 du soir, M. Benedetti ajoutait à son télégramme, ce petit paragraphe :
« M. de Bismarck ne viendra pas ici ; je remarque l'arrivée des Ministres des Finances et de l'Intérieur. »