Bismarck, Pensées et Souvenirs, tome II, p
négociations d'Ems ». Mais, dans sa dépêche du 14 juillet 1870 (12 h. 30 du soir), il parle, sans y attacher autrement d'importance, du télégramme de la Gazette de Cologne et la publication du journal officieux ne Ta pas empêché de demander à être reçu par le Roi en audience de congé. A trois heures, il voit le Roi à la gare d'Ems, et Guillaume Ier lui déclare qu'il n'a plus rien à communiquer, mais il ajoute que les négociations qui pourraient encore être poursuivies, seraient continuées par son Gouvernement (dépêche de 3 h. 45). On ne parle pas sur ce ton à un homme que l'on met à la porte, et l'on ne parle pas de négociations quand on est décidé à faire la guerre.
M. de Comminges-Guitaut à Berne, M. de Cadore à Munich, furent très émus à la communication du télégramme de M. de Bismarck, et les ministres français firent grand état à l'époque et dans leurs essais postérieurs de justification des communications venues de Berne et de Munich. M. de Gramont s'est bien gardé de dire que M. de Cadore ajoutait : « Le comte de Bray qui a été très ému par cette dépêche télégraphique me prie de dire à votre Excellence qu'en présence de la renonciation du prince de Hohenzollern, l'opinion publique en Bavière ne comprendrait pas que nous fassions la guerre, uniquement pour obtenir de la Prusse, une garantie qu'elle croit de sa dignité de refuser dans la forme exigée » (télégramme du 14 juillet 6 h. 1/2 du soir, reçu à 8 h. 1/4). M. de Bray voyait surtout l'essentiel, la renonciation.
De Stuttgart, Saint-Vallier mandait le 13 : « Toute nouvelle insistance de notre part auprès du Cabinet de Berlin serait regardée maintenant par toute l'Aile-
magne comme une preuve de vues belliqueuses. »
Le comte de Mosbourg à Garlsruhe, M. de Châteaurenard à Dresde donnent la même note le 15 juillet.
A Londres, le 13, on s'étonnait que la France ne se contentât point de la renonciation. « Le Gouvernement de la Reine pensait qu'après avoir agi à la demande de la France il avait le droit d'insister auprès d'elle pour qu'elle n'assumât pas la responsabilité d'engager une querelle sur une question de forme, alors qu'elle avait complètement obtenu gain de cause1. » On n'avait changé d'opinion, ni le 14, ni le 15 et l'on offrait encore d'intervenir. Le Tsar regardait l'incident comme vidé et ne pouvait peser davantage sur le roi de Prusse 2.
M. Thiers ne dira pas autre chose le 15 juillet au Corps législatif. Il sera insulté par des épileptiques. Les gens raisonnables continuaient à raisonner sur les faits ; la communication hargneuse de Bismarck ne leur voilait pas l'essentiel, la France avait gain de cause sur le fond, et le succès qu'elle avait obtenu lui permettait de passer condamnation sur la forme, qui sait? de demander peut-être au roi de Prusse s'il avait autorisé Bismarck à donner une expression aussi désobligeante à la résolution prise de ne plus discuter avec Benedetti.
s Peut-être cette discussion accessoire n'eût-elle pas été très facile, mais M. de Gramont n'aurait eu à s'en prendre qu'à lui-même, ayant été dès le début, si hautain et si peu malléable.
Il eût sagement fait de méditer sur une dépêche de