‹ L'Incident HohenzollernChapitre 53 sur 159 · Emp. lib., p · texte numérisé non relu

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l'appelait à Saint-Cloud le soir même. Les conseillers mystérieux du 12 avaient, le 44 encore, agi sur l'Empereur, et cette fois le maréchal Le Bœuf s'était joint à eux. M. Ollivier ne pouvait pas s'y tromper. On allait décider la guerre.

Dans la voiture qui l'emmenait à Saint-Cloud, il faisait malgré lui une comparaison entre la douceur de cette délicieuse nuit d'été, le calme apaisant du flot alangui de la Seine qui reflétait le scintillement des étoiles, l'insouciance des promeneurs qui oubliaient dans les allées du Bois de Boulogne les tracas de la journée, et les cruautés de la guerre, le bruit des batailles que les passions des hommes allaient bientôt déchaîner, les angoisses où lui-même se débattait depuis deux jours, pris entre le désir de prévenir une catastrophe, et le devoir de relever un prétendu défi jeté à son pays.

Est-ce donc toute la situation que l'on discute à Saint-Cloud en présence de l'Impératrice, que M. Plichon fut très surpris de trouver là, quand il arriva très en retard, à H heures 1/2, de la majorité des ministres, mais en l'absence de Segris, de Louvet, qui n'ont pas été touchés par la convocation impériale ? Non, M. de Gramont soumet à ses collègues les télégrammes relatifs à son soufflet, à la transmission de la dépêche d'Ems. Les télégrammes de M. de Comminges- Guitaut et de M. de Cadore les frappèrent beaucoup par le caractère officiel qu'on avait prêté à la communication de Bismarck à Berne et à Munich. M. Ollivier a-t-il raison de qualifier de balourdise la remarque de Bothan, qui s'est permis d'écrire que dans les autres centres diplomatiques on n'avait pas attribué

cette importance à la dépêche et pourquoi n'a-t-il pas remarqué, quand il a vu le texte de ce télégramme aux archives du quai d'Orsay, que le 14 juillet, à Saint-Cloud, dans cette délibération truquée, M. de Gramont n'a sans doute lu à ses collègues qu'une partie du télégramme de M. de Cadore? M. de Gramont était poursuivi par une idée fixe, il convertit ses collègues comme le maréchal avait converti l'Empereur ; MM. de Gramont et Ollivier furent chargés de rédiger un projet de déclaration qui serait soumis le lendemain aux ministres réunis au grand complet. Tous ceux qui étaient là se résignaient à la guerre, à l'exception peut-être de M. de Parieu qui voulait espérer contre toute espérance. M. Plichon*, qui arriva au moment où l'on se séparait, pensait comme M. de Parieu. M. Ollivier se résignait, mais avec une douleur si profonde et si visible que Robert Mitchell qui attendait son retour lui dit, comme il avait peut-être fait le 12 : « Donnez votre démission. » M. Ollivier avait certainement pensé à la donner le 12, et il était resté. Il fit le 14 comme il avait fait le 12 : il resta.

Quand on se retrouva le 15 au matin à Saint-Cloud la guerre était décidée en principe2 ; parmi les parti-

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