Voir le récit de M. Ollivier, Emp. lib., XIV, vm, p
2. C'est ce qui résulte de lettres aigres-douces que MM. Ollivier et Plichon échangèrent en janvier 1886. En l'absence de comptes rendus des séances du Conseil des Ministres, nous acceptons les assertions de M. Ollivier, quand elles ue sont pas contredites par les faits. Puissent les familles de ses collègues publier leurs souvenirs ou leurs carnets 1 On comparerait avec fruit les souvenirs des uns et des autres.
sans de la paix, M. Segris osa seul manifester ses inquiétudes, mais le maréchal Le Bœuf le rassura, l'Empereur avait battu des mains à la lecture du texte ministériel, M. Chevandier de Valdrôme dit: « Lorsqu'on me donne un soufflet, sans examiner si je sais plus ou moins bien me battre, je le rends. » La guerre fut votée à l'unanimité.
Il n'y avait plus qu'à faire ratifier par le Corps législatif les décisions du Gouvernement. Benedetti était arrivé le matin à Paris. « Il ne nous apprit rien de nouveau, nous dit M. Ollivier », et il le lui reproche. Il lui reproche aussi de l'avoir importuné de ses plaintes sur les attaques dirigées contre lui par les journalistes officieux. On reprocherait plus justement à MM. de Gramont et Emile Ollivier de ne pas lui avoir demandé s'il avait été, oui ou non, insulté par le Roi et ses aides de camp, et s'il n'y avait pas moyen d'obtenir d'eux une rectification à la version tendancieuse de Bismarck.
Tout le monde connaît cette orageuse séance du lojuilletoùM. Ollivier supporta d'abord toutle poids de la discussion. Le Ministère demandait le vote de crédits pour la guerre, en réalité, il demandait au Corps législatif de s'associer à la déclaration de guerre que M. de Gramont lancerait à son jour.
La lecture du texte ministériel, faite par le Garde des Sceaux qui assumait décidément les responsabilités encourues par d'autres, fut accueillie par des applaudissements, et les tentatives de protestation de
la gauche par des huées. Thiers eut le courage de prononcer, au milieu des interruptions, un discours qui à lui seul eût fait sa gloire ; les échauffés de la droite lui criaient : A Coblentz! et M. Ollivier dans la Philosophie d'une guerre, qualifie son exorde d'interminables radotages personnels1. Dans son XIVe volume, il est obligé de citer le passage essentiel qui condamnait le Gouvernement et qui correspondait, à vrai dire, à la pensée intime du défenseur officiel de la politique de guerre.
« Est-il vrai oui ou non, que, sur le fond, c'est-àdire sur la candidature du prince de Hohenzollern, votre réclamation a été écoutée et qu'il y a été fait droit? Est-il vrai que vous rompez sur une question de susceptibilité très honorable, je le veux bien, mais que vous rompez sur une question de susceptibilité? » Là était le point essentiel. M. Ollivier a beau attaquer Thiers de front et de biais, lui reprocher d'avoir créé par son attitude, depuis 1866, l'état d'esprit qui devait amener la guerre au premier incident, et comme le lui écrivait Napoléon « amassé les matières incendiaires2 », rechercher dans des discours prononcés en 1840 des arguments pour réfuter ceux de 1870, Thiers avait raison sur le fond le 15 juillet; il avait raison aussi de « désirer connaître les dépêches sur lesquelles se fondait la déclaration de guerre 3 » .
La grande majorité de l'auditoire lui était hostile et il était facile à M. Ollivier et. à M. de Gramont