‹ L'Incident HohenzollernChapitre 55 sur 159 · Ici., ibid., XIV, îx, 3, p · texte numérisé non relu

Ici., ibid., XIV, îx, 3, p

d'avoir raison. M. Ollivier, passionné jusque dans la vieillesse, frémit encore quand il refait le récit de la séance et qu'il revit ses impressions d'orateur et de contradicteur. Après plus d'un quart de siècle, il est encore sensible à la griserie des applaudissements que provoquaient sur les bancs de la droite le langage patriotique de M. de Gramont et les tirades du brillant avocat que restait M. Emile Ollivier.

Il était sûr d'avoir une majorité, mais non pas l'unanimité. Quelques députés voulaient savoir si la France avait vraiment reçu un soufflet, si elle avait, oui ou non, obtenu satisfaction sur le fond, si Thiers, que l'Empereur lui-même avait autrefois qualifié de grand historien national, était ou non passé à l'état d'opposant de parti pris; on demandait la communication des documents diplomatiques.

Ce ne sont pas seulement les députés de la gauche, les Jules Favre, les Picard, les Grévy qui la réclament, ce ne sont pas seulement les députés formalistes comme M. Buffet ou M. Daru, à qui M. Ollivier pouvait reprocher de satisfaire des rancunes personnelles. C'étaient des hommes comme M. Pinard, ancien ministre de l'Empire, comme M. Piccioni, député de la Corse, bonapartiste né; leurs adversaires leur montraient le poing ou leur adressaient des injures que le compte rendu n'a pas recueillies. M. Jules Favre avait demandé la communication des documents au Corps législatif, M Ollivier refusa, mais consentit à les communiquer à la Commission qui allait, pendant une suspension de séance, examiner la demande de crédits. « La proposition de M. Jules Favre, écrit M. Ollivier, fut repoussée par 159 voix

contre 84'. » C'est matériellement vrai, il n'en serait pas moins plus exact de dire : l'opposition groupa dans ce scrutin 84 suffrages; parmi les 159 autres, il y avait quelques amis de M. Ollivier, et tous ceux de son ennemi Rouher. M. de Gramont avoue pour sa part n'avoir « jamais bien saisi la portée de ce vote ». S'il avait été député, il n'aurait eu « aucune difficulté à voter pour la proposition, du moment que son auteur la réduisait à une communication de pièces à la Commission 2 ». Il était très facile de rallier une Commission au point de vue ministériel, au Corps législatif du Second Empire.

A peine nommée, constituée sous la présidence du duc d'Albuféra, ayant désigné pour rapporteur M. de Talhouët, cette Commission entendit M. Ollivier, le maréchal Le Bœuf, M. de Gramont, vit passer rapidement quelques télégrammes qui défilèrent devant elle comme les verres d'une lanterne magique et présenta aussitôt après au Corps législatif un rapport favorable qui fut discuté dans l'atmosphère enfiévrée d'une séance du soir.

M. Ollivier parla encore et fut très applaudi. « Il s'était véritablement surpassé. .., les réflexions lui venaient nettes, précises, pressantes. Il n'a pas été seulement éloquent, il a fait preuve d'une grande souplesse3. »

Peut-être l'auteur de Y Empire libéral contesterait-il ce témoignage; c'est celui de Darimon, le drôle

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