CHAPITRE III
La candidature du prince de Hohenzollern a été la cause déterminante d'une des grandes guerres du xixe siècle. Il vaut la peine d'examiner de près qui a pris sur soi de la pousser en Allemagne, de la faire mûrir et de la mener au point où elle est arrivée le 1er juillet 1870.
Est-ce le roi de Prusse ? Ses sentiments ne sont pas douteux. Du premier au dernier jour il a gardé son opinion et ses répugnances ; il est hostile à la candidature. Ni elle ne le séduit en elle-même, ni ce vieil homme, chargé d'années, de succès et de gloire, ne se soucie de s'engager dans une aventure dont il n'attend rien de bon, ni pour lui, ni pour son pays.
La lettre du prince Antoine qui lui soumet le projet de candidature le surprend comme un éclair dans le ciel pur ; ainsi s'exprime-t-il le 27 février 1870, et, quand il convoque ses conseillers intimes, le io mars, pour les entendre avant de prendre une décision définitive, il ne leur cache pas qu'il n'est
d'accord ni avec son chancelier, ni avec ses cousins1. Il se refuse formellement à donner au prince Léopold Tordre d'accepter l'offre espagnole. Il lui paraît aussi peu souhaitable que possible de laisser s'éteindre le nom et la famille en Prusse et en Allemagne, et il approuve le prince héritier de Sigmaringen de ne pas échanger sa position de prince allemand et prussien contre une position aussi incertaine2. Harcelé par le prince Antoine qui enverrait son second fils Frédéric à Madrid, à défaut de l'alné, le Roi lui écrit le 2 avril : « Je suis dans le même cas que pour ton fils aîné 3. » Au mois de mai, il se fait lire par Versen le mémoire que le major a rédigé sur son voyage en Espagne. « C'est intéressant, mais très couleur de rose (sic) », écrit-il encore au prince Antoine. Et il ajoute : « J'ai maintenant une connaissance parfaite de la question et mon point de vue n'en est pas modifié le moins du monde. On est aujourd'hui à Madrid au courant du refus de ton plus jeune fils. Je pense qu'aucun de nous ne le regrettera jamais. »
Quand, six semaines plus tard, il est pour ainsi dire sommé par les. princes d'autoriser la candidature, il donne son consentement, mais en maugréant et en soulignant ses réserves. Il les exprime dans son télégramme d'autorisation. Il les exprime par écrit au fils et au père. « Tu as pris une résolution que tu avais, dans ma conviction, eu tout à fait raison d'écarter, dit-il à Léopold le 21 juin... Je suis contraint de donner mon consentement, quoique je le donne le