‹ L'Incident HohenzollernChapitre 68 sur 159 · Fester · texte numérisé non relu

Fester

tions que je pourrais donner moi-même, en des circonstances qui exigent si impérieusement une solution rapide que ce n'est plus une question de jours, mais une question d'heures *. »

Le porteur de la lettre, c'est Bûcher, qui n'est pas seulement le messager du prince, mais l'homme de confiance de Bismarck. Le prince a réalisé son grand dessein, il tient la succession d'Espagne, comme l'a tenue Charles-Quint, comme l'a tenue Louis XIV. L'heure historique a sonné. Le nom desHohenzollern sera aussi glorieux que celui des Habsbourg, que celui des Bourbons. La famille a essaimé sur l'Allemagne, elle a poussé un rameau vers les Balkans, le prince Antoine voit maintenant une lignée de Hohenzollern encore à naître qui porteront des titres sonores dans un pays de race latine. Sur quoi ont porté ses méditations du 19 au 21 et qu'a-t-il vu en rêve dans la nuit du 21 au 22, après avoir reçu le télégramme affirmatif du roi de Prusse ? Il s'est douté qu'il a fait de l'histoire; s'est-il douté qu'il ne l'a pas faite dans le sens où il l'aurait voulu ? mais dans le sens d'un homme plus fort, plus secret, plus intelligent que lui ?

Aussi bien ce personnage glorieux et obstiné n'estil pas incapable, quand les circonstances l'obligent à virer de bord, de voir les avantages d'une volte-face et d'en tirer parti auprès de qui de droit.

Trois semaines se passent; la France s'émeut; le roi de Prusse entend qu'elle ait satisfaction. Le colonel Strantz lui ayant fait connaître aussi clairement que possible le sentiment, pour ne pas dire la

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LES RESPONSABILITÉS ALLEMANDES ii3

résolution du Roi, le prince Antoine télégraphie au maréchal Prim le 12 juillet que son fils Léopold renonce à la couronne d'Espagne, il communique la nouvelle à la presse, puis il écrit au roi Guillaume.

« La pensée d'un danger prochain de guerre pour une question qui n'est encore qu'une question de famille est devenue pour moi si insupportable qu'il a fallu me tenir à quatre pour ne pas faire annoncer dès hier la résolution prise. »

C'est le parent pauvre, le courtisan d'un roi pacifique qui parle.

Voici maintenant le vrai Hohenzollern, le confident de Bismarck qui découvre le fond de sa pensée.

« Il appartient au gouvernement français de montrer aujourd'hui à l'Europe, en renonçant à tout prétexte de guerre, qu'il veut sérieusement le maintien de la paix, sinon l'on verra clairement que Napoléon n'est qu'un instrument aux mains du parti de la guerre et qu'il a été obligé de le suivre en aveugle pour des considérations de conservation dynastique.

Si la France veut la guerre à tout prix (sic), la situation est devenue infiniment plus favorable pour nous, la cause de la guerre n'est plus une question de famille secondaire...., l'opinion publique se déclare partout en notre faveur, et la question allemande se rapproche de sa solution naturelle *-. »

Le père ambitieux fait son sacrifice, il se console en bon Allemand; il espère que la guerre sortira malgré tout du différend, et de la guerre la grandeur et l'unité de son pays.

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